Le rôle du symbolique dans la gestion du patrimoine naturel du mont Royal : identités, usages, rapports à la nature

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Une exploration sémiotique des rapports au monde qui ont forgé les milieux naturels de la belle, la mythique, ma préférée : la Montagne! Parce que j’y vais presque chaque jour pour l’heure dorée, parce que je l’ai marchée de fond en comble, parce que la complexité de son « identité » est fascinante, parce qu’elle est aussi aimée que malmenée, parce que son avenir me préoccupe un peu plus chaque jour et parce que la transition écologique ça veut surtout dire d’apprendre à tisser des liens avec les milieux naturels qui sont tout près de nous. Ce texte est issu de mon travail de session pour un cours de deuxième cycle en agroforesterie « Enjeux forestiers et agroforestiers de la propriété des ressources » que j’ai eu le bonheur de suivre à l’hiver 2020 avec la très érudite Maude Flamand-Hubert.

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D’un sommet à l’autre, le mont Royal a été transformé par une multitude d’acteurs, mais surtout par des visions du monde qui continuent aujourd’hui de façonner les flancs et les sommets de ce qu’on appelle dorénavant la « Montagne ». La fragmentation du Parc du mont Royal, engendrée par ses diverses appartenances identitaires, d’une part, et, d’autre part, par ses différents usages légaux et illicites, ses aménagements paysagers, son patrimoine architectural de styles différents ou encore ses propriétaires multiples, complexifie le regard porté sur son patrimoine naturel. La gestion de celui-ci implique trois paliers de gouvernements, trois arrondissements, une ville, trois organismes à but non lucratif, ainsi que ses usagers. Au fil du temps, y est sans cesse négocié un équilibre entre la conservation d’un patrimoine culturel et naturel et le développement du territoire.

Si l’on distingue souvent le patrimoine culturel du patrimoine naturel, lorsqu’on aborde ceux-ci sous l’angle du symbolique, ils ne représentent que deux facettes d’un ensemble indivisible: les bâtiments et les monuments sont indissociables de leur disposition dans l’espace et de la topographie de la Montagne, tandis que la forêt urbaine du mont Royal ne peut s’appréhender indépendamment de son aménagement paysager auquel le patrimoine bâti participe. Par symbolique, j’entends la manière dont on se représente le mont Royal, ce à quoi la Montagne et ses différents éléments réfèrent pour ses usagers, ainsi que pour les acteurs impliqués dans le processus décisionnel. Pour cette exploration, j’observe la manière dont le symbolique a influencé l’usage et façonné le paysage du mont Royal au fil du temps pour mieux comprendre le rôle qu’il continue de jouer en ces matières, que ce soit de manière explicite ou implicite. Qui plus est, cette approche symbolique de la gestion du patrimoine naturel me permet de dégager et d’analyser les différentes visions de la nature qui la traversent encore aujourd’hui, soit les visions scientifique, patrimoniale, romantique, sanitaire, identitaire, sauvage (à dominer), récréative, gestionnaire et utilitaire pour ne nommer que les principales.

Le symbolique

Que sous-entend, plus précisément, la notion de symbolique qui est au cœur de cette exploration? Cette notion, sans être discutée en profondeur au fil des analyses, sera problématisée selon différentes dimensions qui s’entrecoupent pour y déceler un rapport au monde singulier, soit les dimensions sémiotique, sociologique et spatiale. Pour l’aspect sémiotique, j’ai retenu le symbole tel que défini par Charles Sanders Peirce et explicité par le sémioticien et linguiste allemand Winfried Nöth (2020). Contrairement aux auteurs de la tradition sémiotique qui le précède, Peirce ne définit pas le symbole simplement par son caractère arbitraire ou conventionnel, par exemple, comme une évocation ou une association d’idées. Il est aussi et surtout une question d’habitude. Sans retirer l’agentivité humaine dans la création comme dans l’interprétation du symbole, Peirce affirme qu’une fois la création du symbole initiée, ses significations se multiplient en même temps qu’elles s’incarnent à travers ceux qui portent en eux l’habitude correspondante. Le symbole n’est donc jamais figé par la convention. Puisqu’une habitude « […] evolves in ontogeny or phylogeny but not by social agreement, the essence of the symbol can neither be reduced to any particular instance nor to all instances of its embodiment. » (Ibid, p.85). Le symbole ne se comprend qu’à travers une relation et un contexte. Il est en constante mutation et peut prendre différentes formes.

Dans sa dimension sociologique, le symbole est compris comme un instrument permettant d’opérer une prise de pouvoir. Cela s’inscrit en continuité avec la sémiotique peircéenne pour laquelle le symbole peut être subi ou encore réitéré de manière inconsciente. Je fais référence ici au « pouvoir symbolique », tel que théorisé par le sociologue Pierre Bourdieu : « […] ce pouvoir invisible de constituer le donné par l’énonciation, de faire voir et de faire croire, de confirmer ou de transformer la vision du monde et, par-là, l’action sur le monde » (Bourdieu, 1977 : p.410). Dans ce cas, il s’agit plutôt de l’effet structurant du symbole sur le monde social dont il est question. Son pouvoir repose sur son invisibilité : il ne fonctionne que s’il est reconnu (ou subi), c’est-à-dire, « méconnu comme arbitraire » ou construit.

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Lac des Castors

J’envisage ensuite la montagne, sa topographie et ses différents aménagements, comme des espaces symboliques. Le mont Royal sera donc approché à la manière d’un tableau tridimensionnel, mouvant, évolutif. Si nous trouvons de nombreux récits historiques de l’aménagement des espaces du mont Royal, dans l’expérience de celui ou celle qui le parcourt ou qui le regarde depuis la ville, ces espaces se présentent de manière simultanée ou multilinéaire. Ils se déploient au gré d’un parcours choisi par l’usager, qui peut être aléatoire ou guidé par un aménagement. C’est pourquoi, dans cette exploration, je ne poursuivrai pas nécessairement une approche chronologique. De plus, dans un tableau, nous rappelle Erwin Panofski (1991), l’espace « vide » n’est jamais une surface neutre sur laquelle on représenterait des éléments tangibles: c’est un élément construit, inventé, composé, qui oriente le regard et dénote un rapport au monde. Plus encore, il a le pouvoir de construire ce regard. Dans la Montagne, l’« espace en creux » qui m’intéresse, celui qui se trouve entre les éléments architecturaux, représente la forêt urbaine du mont Royal. Cette toile de fond est façonnée par des « philosophies de l’espace » qui, à leur tour, sont porteuses d’une vision du monde et de la nature.

Protéger : valoriser

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Surface en renaturalisation

On ne peut marcher très longuement sur le mont Royal sans rencontrer sur notre parcours de vastes zones délimitées par des cordes et des affiches indiquant un espace de protection pour la régénération des milieux naturels. Ces délimitations provisoires font dorénavant partie de notre expérience de la nature, du moins, en Amérique du Nord. Ce qu’ils nous disent, c’est que si la nature doit être protégée, le principal danger qui la guette est la présence humaine. Le piétinement, mais aussi, par extension, l’activité humaine en général, fragilisent les écosystèmes. Cette expérience réaffirme la posture naturaliste identifiée par l’anthropologue Philippe Descola, opérant une scission claire entre l’être humain et la nature, réduisant la « […] multitude des existants à deux ordres de réalité hétérogènes » (Descola, 2015 : p.12). Si un lien existe entre les deux entités, il se déploie généralement sur un mode hiérarchique et, dans ce cas, la première (l’humain) se donne pour rôle de définir ce qui doit être protégé de la deuxième (la nature).

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Nouvelle plantation

Cette protection mise principalement sur la notion de biodiversité, dénotant une nature qui serait « indépendante des processus humains de valorisation, et qui repose sur l’idée d’une finalité et d’une diversité propres au vivant» (Baptiste, 2012 : par.3). La biodiversité, comme le souligne Virginie Maris, bien qu’elle semble aller de soi, porte aussi une orientation particulière. C’est comme s’il y avait « une bonne et une mauvaise biodiversité », écrit-elle, « la bonne étant autochtone (indigène) et la mauvaise comprenant un mélange bien de chez nous et d’espèces dites exotiques » (2012 : p.88). Protéger, c’est donc aussi se protéger de l’autre, de l’invasion exotique qui défigure l’image de la montagne et menace son intégrité. Au fil des dernières années, des efforts considérables ont été portés pour éradiquer une grande quantité d’espèces envahissantes comme le nerprun cathartique qui prend d’assaut les flancs du mont Royal ou encore les exotiques érables de Norvège qui menacent les érables à sucre qui sont indigènes, eux. Les frênes, malheureusement atteints par un insecte exotique, sont soumis à l’abattage. Ainsi, on annonçait l’abattage de 4000 frênes en 2019 et pour chaque arbre abattu, la ville s’engageait à en planter dix, mais toujours des espèces indigènes dont la distribution respecte les recommandations pour la biodiversité, soit la diversité fonctionnelle et génétique et le maintien d’une proportion idéale entre les espèces, les genres, et les familles différentes.

D’entrée de jeu, sur le site web des Amis de la montagne, un organisme créé en 1986, on peut lire le slogan « Le mont Royal, une montagne à découvrir et à protéger ». On comprendra que ces deux approches, « protéger » et « découvrir », sont ici complémentaires. Il n’est donc pas étonnant que pour s’assurer de la réussite d’une telle protection, on mette sur pied un volet éducatif qui, dans le cas du mont Royal, propose une approche scientifique pour aller à sa « découverte ». Ainsi, outre les activités proprement récréatives, il y a celles, plus spécifiquement en lien avec l’exploration de ce qu’on appelle désormais le patrimoine naturel du mont Royal. Le camp de jour des Amis de la montagne, l’École de la forêt, les randonnées guidées pour n’en nommer que quelques-unes, sont toutes des activités visant l’éducation du public aux milieux naturels du mont Royal et, par la même occasion, à ce qu’il convient de protéger selon la science et, plus précisément, la biodiversité.

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Sanguinaires, fleurs sauvages indigènes

Cette nécessité de protéger et de valoriser la forêt urbaine du mont Royal est ce qui a « élevé » le mont Royal au rang de patrimoine naturel, en 2005. Si la patrimonialisation vise la protection de milieux naturels au même titre qu’on peut le faire du patrimoine culturel, c’est en opérant une « appropriation de manière sélective, sur un mode symbolique, de la matérialité naturelle » (Veschambres, 2005 : p.5). On pourrait penser que la vision patrimoniale s’éloigne de la vision naturaliste en attribuant une dimension symbolique, voire culturelle à la nature, mais elle n’en est qu’une forme plus aboutie. Il fallait d’abord qu’il y ait eu une nature « […] préculturelle susceptible de se plier à cette construction » (Descola, 2015 : p.350). Ce que l’attribution patrimoniale ajoute à la conception de la nature est surtout la notion d’héritage. Si, dans la section du patrimoine naturel du site officiel du mont Royal, on parle d’arbres remarquables, ce sont surtout les végétaux indigènes dits « caractéristiques des Montérégiennes » qui forment le legs naturel du mont Royal, comme la chênaie rouge, par exemple, qu’on qualifie de « représentative » de ces montagnes. La valeur patrimoniale du mont Royal s’inscrit donc plus largement dans son identification aux huit autres collines qui se situent hors de la ville de Montréal et qui, par une formation rocheuse similaire, comprendrait originairement les mêmes types de végétaux. On ne s’intéresse pas, par exemple, à la mise en valeur du passé agricole du mont Royal tels que pratiqués par les Sulpiciens au début du XVIIème siècle. Par la patrimonialisation, on protège une représentation particulière de la nature, qui correspond à la région et à ses caractéristiques pédologiques, une nature qui précède la présence humaine et coloniale, mais qui s’inscrit néanmoins dans l’idéologie de la Conquête (il en sera question plus loin).

L’expérience romantique

Si, à l’aube des catastrophes écologiques, on ne peut penser l’avenir du mont Royal sans parler de préservation de la biodiversité et de régénération de la nature indigène, ces enjeux ne se présentaient pas de la même manière lorsque Frederic Law Olmstead a été nommé pour en faire l’aménagement en 1874. Toutefois, à l’ère d’une industrialisation grandissante, certaines préoccupations environnementales étaient bien présentes. En effet, l’idée de faire un parc vient tout juste après qu’un propriétaire d’un terrain sur le mont Royal ait opéré une coupe dans la forêt, afin de faire la vente de bois de chauffage. Les parcs naturels dans les villes canadiennes, remarque l’historienne Michèle Dagenais, arrivent à un moment où l’on opère une distinction de plus en plus marquée entre la campagne et la ville et où s’installe une « nostalgie du monde rural » qui représente le « lieu de communion avec le divin ». (Dagenais, 2001 : p.309) Faire un parc public qui permet de réglementer l’espace naturel au-delà de la frontière de la propriété privée était en soi un acte de préservation de la nature, comme de cet espace symbolique divin. Pour assurer la réussite du parc, la conception devait donc reposer sur le fait d’en faciliter l’accès, d’une part, mais aussi, d’autre part, d’en offrir une expérience prodigieuse que j’identifie ici à l’expérience romantique.

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Majestueux peuplier, deuxième tournant du chemin Olmsted!

Selon l’historien William Cronon, il y a deux constructions culturelles perverses qui orientent notre rapport à la nature, soit celle du sublime et celle de la frontière (la deuxième sera discutée subséquemment). Par le sublime, propre à l’expérience romantique, la nature s’oppose non seulement à l’humain, mais crée un mélange d’enchantement et de terreur devant l’incommensurable. Sorte d’ « […] antidote au désenchantement du monde généré par l’urbanité »(Descola, 2015 :p.111), l’expérience romantique représente une fuite face à notre propre création. Plutôt que de questionner nos modes de vie destructifs, on préserve la nature et on la sublime, afin de pouvoir continuer de fuir notre nouvelle condition résultant pourtant d’une destruction de cette même nature. Avec la vision romantique, comme on la retrouve dans les textes de Olmsted concernant la conception du Parc du mont Royal (1881), s’esquisse une vision de la nature utilitaire. Celle-ci se traduit dans l’identification des bénéfices de la nature pour la santé physique et psychologique. Un paysage bien « construit » a le pouvoir du charme (Il faut entendre ici au sens d’un « sort ») qui agit tel un remède contre les influences de la vie urbaine : « These terms (sanative, restoring) are not metaphorical. They testify precisely that the charm of natural scenery is an influence of the highest curative value ». Cela se traduit ensuite en valeur économique, car posséder un tel paysage naturel est en soi une richesse (« wealth ») pour la municipalité. (Olmsted, 1881 : p.22).

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Sentier de raquette, au printemps

L’expérience romantique requiert l’orientation du regard vers ce qui rend la nature grandiose, d’où l’importance de créer un chemin avec des multiples points de vue sur la ville et la nature environnante. On connait aujourd’hui ce chemin sous l’appellation du « Chemin Olsmted ». L’idée initiale de l’architecte était de recréer, au sein de la Montagne, un paysage alpin afin de donner à son usager cette impression de la haute altitude. Ainsi, les végétaux étaient choisis pour leur fonction symbolique ou de représentation d’un milieu naturel qui n’est pas propre au lieu en tant que tel. Mis à part le Chemin Olmsted, presque tous les autres éléments de son plan, incluant les végétaux en question, n’ont jamais vu le jour pour cause d’une récession économique. Ce qu’il faut retenir est néanmoins le discours sur la conception du parc qui s’inscrit en continuité avec la représentation de la Montagne que s’en faisait à ce moment une élite anglophone. Celle-ci était l’unique usagère des lieux. Au même moment, cette élite publie dans les journaux ses récits héroïques propre au Romantisme, celui des clubs de raquetteurs anglophones qui vantent « la puissance physique, mais aussi le courage, la détermination, voire l’héroïsme de leurs membres » (Debarbieux & Marois, 1997 : p.181)

L’une des caractéristiques essentielles de l’expérience romantique est cette rencontre avec la Grandeur de la nature. Pour cela, elle suppose donc un accès limité à la Montagne. Si ce n’était pas là l’intention de Olmsted qui portait une « philosophie sociale » dont l’objectif était de permettre à tous, peu importe la classe sociale, de profiter du parc, la vision romantique n’a fait que réitérer l’appartenance de la montagne à une communauté culturelle qui entretenait un tel rapport symbolique à la nature. Elle n’a pas su attirer pour autant les autres communautés. Même si son architecte était « très hostile à l’implantation de statues et de monuments commémoratifs, toujours suspectés par lui d’exalter les sentiments particularistes » (Debarbieux & Perraton, 1998 : p.121), la vision romantique dominante, mettant en scène une nature sauvage et dépourvue d’appartenance, perpétue malgré elle un enjeu de pouvoir symbolique qui trouve son fondement dans l’appartenance identitaire.

La frontière identitaire

Si j’envisage le mont Royal un peu comme un tableau pour lequel j’interprète les différentes figures, celui-ci est non seulement en trois dimensions, mais il est en constante mutation. Du milieu du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle, la montagne est façonnée au rythme des identités qui se l’approprient, soit celles des « deux solitudes » : les francophones et les anglophones vivant à Montréal. Cette lutte, qui s’est menée de manière symbolique, n’en a pas moins modifié le paysage et l’usage du mont Royal. Pour les francophones, il s’agissait de détrôner leurs homologues anglophones, qui possédaient alors la domination économique. Ainsi, on observe presqu’un effet miroir entre les différents bâtiments construits par ces communautés. Je n’en nommerai que quelques-uns. L’hôpital Victoria devenu le Centre universitaire de santé McGill (1893) fait un contrepoids à l’hôpital Hôtel-Dieu (1645), alors que le Cimetière Mont-Royal (1852) historiquement utilisé par les communautés anglophones et protestantes trouve son pendant francophone dans le Cimetière catholique Notre-dame-des-Neiges (1854). L’Université de Montréal (1878) est construite sur le flanc opposé à son homologue anglophone l’Université McGill (1851), soit 27 ans plus tard. La Maison Smith (1858), portant le nom d’un riche marchand américain propriétaire de 186 hectares sur le mont Royal, se voit quelque peu détrônée par le Chalet du Mont Royal orné des mémoires de la conquête française de l’Amérique (1932). Toute ces constructions ont impliqué un déboisement et un aménagement du paysage particulier, repoussant la nature ou la refaçonnant pour s’approprier cette montagne toujours à « portée de regard ». Car c’est bien dans la visibilité que repose « l’efficacité microcosmique du dispositif » de la montagne, de la prise de pouvoir qu’elle permet (Debarbieux & Marois, p.15).

Les francophones s’approprient également l’un de ses points culminants : un de ses sommets. Car qui domine la montagne, nous le rappelle Michèle Dagenais, domine aussi la ville et, en ce sens, le sommet comporte une forte « charge symbolique » (2001 : p.312). La croix du mont Royal (1924), située sur un des points les plus hauts de la Montagne, impose ainsi sa présence et « est le témoin immobile d’un sens, pour sa part, sans cesse mouvant » (Côté, 2006 ; p.68). Elle commémore à la fois Jacques Cartier qui avait planté une croix lors de la prise de possession du lieu au nom du roi de France, le 24 juillet 1534 en même temps qu’elle rend hommage au projet de Paul Chomedey de Maisonneuve d’ériger une croix sur le mont Royal si la colonie naissante était épargnée par l’inondation de décembre en 1642. Elle est aussi le symbole universel par excellence du christianisme en même temps qu’elle représente une résistance à l’envahissement anglophone. Visible de partout, elle sert de réveil nationaliste pour éduquer les canadiens-français à leur histoire et consolide la présence de la fête de la Saint-Jean-Baptiste sur le mont Royal (Côté, 2006). Elle continue aujourd’hui de s’illuminer et de créer du nouveau sens, mais elle en demeure toujours le symbole d’une appropriation du territoire.

Parallèlement à la vision romantique qui traverse son parc, la Montagne est aussi en proie à l’idéologie de la frontière propre à la Conquête. C’est sa « […] discontinuité topographique qui en fait une figure privilégiée pour représenter la frontière » (Debarbieux, 1997 : p.145) et pour qu’ainsi puisse être mise en œuvre des appropriations identitaires. Ces appropriations, à la fois physiques et symboliques, se font toujours au détriment de l’autre, dans ce cas-ci, d’une autre culture : « la culture qui unit (médium de communication) est aussi la culture qui sépare (instrument de distinction) et qui légitime les distinctions en contraignant toutes les cultures », écrit Bourdieu (1977 : p.408). Pour que cela fonctionne, la nature « sauvage » qui entoure l’espace approprié joue un rôle prépondérant dans la représentation de cette conquête. Sans la nature, l’appropriation identitaire du territoire demeure invisible. Par le fait même, cette nature devient un « produit de la civilisation » qui ne doit pas être contaminé par ce qui l’a érigée de cette manière (Cronon, 2013 p.7). Dans cette perspective, la nécessité de sa préservation est surtout empreinte d’un récit identitaire, d’où la notion d’héritage dont on retrouve les relents dans le discours patrimonial.

Nature récréative

Si, par une chronologie, le récit identitaire se présente de manière linéaire, il est aujourd’hui appréhendé dans la simultanéité de ses espaces symboliques. Avec l’arrivée des communautés ethniques en plus grand nombre dans la métropole, ce ne sont plus seulement les deux solitudes qui font usage du mont Royal, mais bien la communauté montréalaise dans son ensemble. Celle-ci, hétérogène, n’interprète pas toujours les éléments qui composent le mont Royal de la même manière que ceux et celles qui ont contribué à la société qui ont vu naître ces espaces symboliques. Suite à des sondages menés avec les usagers allophones du parc, Debarbieux & Perraton écrivent que « la montagne cesse d’apparaître comme un simple lieu emblématique » et que les nouveaux arrivants en font « le matériau de base pour la construction de leur propre « royaume », un espace pour soi et gouverné par soi. » (1998 : p.120) Les auteurs y remarquent, par ailleurs, une forme d’abandon du social et du politique au profit de l’individuel et du juridique : « La montagne est progressivement devenue l’occasion de se donner précisément un pays pour soi, ici-et-maintenant », écrit-il (Ibid. : p.121).

Cette idée de se créer son propre pays à son image peut, de prime abord, sembler perpétuer l’idéologie de la frontière. Mais il s’agit moins de conquérir un espace symbolique que de le recycler, non pas en le changeant physiquement, mais en lui conférant un nouveau sens, souvent improvisé et provisoire. Le recyclage étant ici compris comme la « réappropriation d’un espace, lui conférant un nouvel usage et une nouvelle signification.» (Veschambre, p.87). « On se rejoint à la statue! », entend-on souvent, sans nécessairement que les interlocuteurs sachent qu’il s’agit du monument à George-Étienne Cartier, l’un des pères de la confédération, considéré traitre par certains souverainistes québécois. Aujourd’hui, la « statue » est un lieu de ralliement, un repère essentiel avant d’entamer une marche sur le mont Royal entre amis ou encore le lieu central où se déroule le « Tam-Tam » du dimanche, cette fête hebdomadaire non officielle où les gens de toutes les communautés ethniques s’adonnent aussi bien à des pique-niques, à de la lecture, qu’à du hackis ou encore à des jeux de rôles médiévaux. Il serait juste d’affirmer aujourd’hui que, pour la plupart, le mont Royal a dorénavant une vocation à la fois récréative et communautaire.

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Chemin Olsmted

Sur le chemin Olmsted, les gens s’adonnent au vélo, à la marche et à la course, ou encore au ski de fond en hiver. Tel que le relate Marie Lequin, analysant le rapport d’étude « La vocation récréo-touristique du mont Royal » ainsi que le document « La montagne en question » : « la très large majorité des personnes qui fréquentent le parc semblent d’abord chercher un espace vert propice à la détente (pique-nique, familial, bronzage, lecture, rencontre, etc.) » (Lequin, 1992 : p.59). Les caractéristiques du mont Royal, comme ses espaces de verdure ou encore ses dénivelés, sont perçus dans la mire de ce qu’ils peuvent offrir en termes de divertissement pour tous et toutes. Le mont Royal appartient désormais à la masse et celle-ci peut s’y rendre aussi bien à pied, en voiture, en vélo ou en transport en commun. Dans un contexte urbain, comprenant une forte densité démographique, on comprend comment cette vision récréative de la nature peut mener à une érosion des ressources naturelles. C’est pourquoi le défi repose sur la recherche d’un « équilibre entre conservation du patrimoine naturel et culturel, la diversification des activités et le maintien de l’intégrité écologique de la montagne » (Ibid, p.60).

Contre-nature

La diversification des activités visant à satisfaire le plus grand nombre laissera toujours certaines communautés dans l’ombre. Certains voient en la montagne d’autres usages que ceux qui leurs sont permis. De manière générale, rien ne semble pouvoir entraver cette volonté de sortir des sentiers battus qu’inspire la nature. Trous dans les clôtures et sentiers officieux se retrouvent en abondance sur le mont Royal et fragmentent d’autant plus les écosystèmes, les fragilisant d’un même souffle. Les sentiers improvisés s’élargissent au fil des passages humains et du ruissellement. Ils érodent ainsi la nature. À force de piétinement, plus rien n’y pousse sauf peut-être les plantes invasives qui y trouvent là un lieu parfait pour se reproduire. Mais si ces sentiers sont utilisés à répétition, peut-être faudrait-il comprendre ce qu’ils permettent de faire que les autres sentiers ne permettent pas. L’organisme Les Amis du Champ des possibles, une friche urbaine située dans le Mile-End, a pris la décision de conserver et d’officialiser les sentiers générés par la volonté humaine. Ces sentiers portent désormais le nom très poétique de « lignes de désir ». Celui qui marche souvent sur le mont Royal, sait fort bien que ces « lignes de désir » permettent souvent de passer d’un endroit à un autre rapidement ou qu’ils permettent d’éviter le contrôle qu’exerce un sentier officiel sur le parcours comme sur le regard de l’usager. Qui plus est, il semble impossible, à moins d’utiliser des moyens coercitifs soutenus, de détourner de telles lignes de désir.

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Une des nombreuses « lignes de désir » du mont Royal

Certaines pratiques illicites bénéficient d’une plus grande organisation et sont, par-là, considérées comme d’autant plus problématiques, voire inacceptables. En juillet 2015, un article du Devoir faisait état de non moins d’une vingtaine de feux de camps illicites entretenus soir après soir (Ferraris). Le SPVM s’efforce alors à plusieurs reprises de remettre des constats d’infraction à ces nocturnes qui commettent ces « incivilités ». À cela s’ajoute la vente et la consommation de drogue, la musique forte, mais aussi des campements qu’il a fallu démanteler. Si ces usages sont sans doute ceux qui se rapprochent le plus de l’usage commun que l’on fait des espaces naturels en campagne (feux de camps, camping), dans le contexte urbain, ils se révèlent non seulement inacceptables, mais ils inquiètent. D’un point de vue écologique, on rabat sur un même plan la faune humaine nocturne du mont Royal et les insectes exotiques ravageurs ou les plantes envahissantes. Difficiles à contrôler, ils représentent des menaces pour la biodiversité. La menace semble également se situer à un autre niveau : celui de la mise en péril de l’urbanité elle-même ou, plutôt, de ce qui lui est associé, soit la civilité.

Dans des cas comme ceux-ci, du côté des autorités, la nature devient un lieu qui encourage le désordre social. Ainsi, le façonnement de cette nature deviendra un instrument pour la transformation des comportements. Ce fut le cas pour ce qu’on a appelé les coupes morales (1957), qui ont conféré le nom de mont Chauve à une partie du mont Royal. Ces coupes ont été effectuées dans ce qu’on appelle encore aujourd’hui « la jungle », un boisé opaque, pour y faire cesser les activités considérées immorales : « The Morality Cuts […] targeted a section of the Park that served as a popular cruising spot for homosexual men in Montréal since the late nineteenth century […] (Caron, 2016: p.14). On voit ainsi comment les usages contribuent à la transformation de l’espace et comment ces transformations elles-mêmes peuvent avoir une influence sur les usages (Caron, 2016 : p.11). Par de telles coupes, on montre qu’il n’est plus question d’un territoire vierge que l’on peut s’approprier à sa guise, mais d’un espace public, urbain, contrôlé. Cette vision de la nature a donné lieu à d’autres transformations comme l’ajout d’éclairage et la construction de la voie Camillien-Houde, par exemple, une voie qui traverse le mont Royal et qui en fait un lieu moins périphérique qu’il n’a pu l’être, tel que le souligne Michèle Dagenais (2001 : p.318).

Une autre communauté polémique a fait son nid sur le mont Royal. Toute aussi interdite, elle semble pour le moins encore « tolérée » : celle du vélo de montagne. Malgré l’interdiction officielle de la pratique de ce sport, sauf sur le Chemin Olmsted, elle n’en façonne pas moins le paysage. Un vaste réseau de sentiers a été aménagé par cette communauté qui bénéficie d’une organisation quasi-formelle. Dans son mémoire présenté dans le cadre de la consultation publique sur le Plan de protection de mise en valeur du mont Royal (2008), Jérôme Pelland, président de l’Association pour le développement des sentiers de vélo de montagne au Québec, s’efforce de déboulonner les différents mythes et préjugés reliés à la pratique du vélo de montagne. Parmi ceux-ci, on retrouve celui de la dégradation des sols dans les sentiers et le profil soi-disant unique des utilisateurs. À la lumière des comparaisons effectuées avec d’autres parcs naturels urbains où des sentiers sont aménagés aux fins de cette pratique, l’interdiction du vélo de montagne au mont Royal apparait difficile à justifier. Si l’érosion de la nature est le principal argument pour sa prohibition, on a raison de croire que de légaliser sa pratique aurait pour effet d’amoindrir, sinon d’éradiquer cet enjeu. On peut penser que les véritables motifs de ce débat qui dure depuis des années sont davantage liés à un registre symbolique, à ce que représente cette communauté aux yeux de ceux et celles qui ont du poids dans le processus décisionnel, soit le risque, la vitesse et le caractère extrême de ce sport. Ces trois caractéristiques rappellent l’incontrôlable. Encore une fois, et cela n’est qu’une hypothèse, l’incontrôlable s’inscrit en rupture avec l’idée que l’on se fait d’un comportement adéquat à adopter dans une nature urbaine et civilisée.

Une nature à gérer

Quand on prend conscience des multiples acteurs impliqués dans le processus décisionnel en ce qui a trait à la gestion du mont Royal, on ne s’étonne pas de la complexité que peut représenter un dossier comme la légalisation de la pratique du Vélo de montagne, par exemple. La gestion du mont Royal implique trois paliers de gouvernements, 3 arrondissements, une ville, trois organismes à but non lucratif (Amis de la montagne, Héritage Montréal et le Conseil Régional de l’Environnement (CRE)), ainsi que ses usagers et des institutions publiques et privées. Dans un article portant sur la Table de concertation du mont Royal, table créée pour assurer « la gestion harmonieuse » et le dialogue entre tous ces acteurs, Lila Combe démontre qu’un double argument était en jeu lors des discussions concernant le Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal : la montagne comme unité et la montagne comme une multitude d’entités distinctes. (2010 : par.4). Elle associe ceux-ci à deux approches, soit l’approche symbolique dite unificatrice, et l’approche gestionnaire qui « repose sur le découpage du Mont-Royal en entités distinctes dont la gestion est susceptible d’être directement opérationnelle. » (Ibid : par.4). Elle y constate, au fil de son analyse, que le symbolique a tendance à disparaître derrière l’approche gestionnaire et, cela, au détriment de la protection du patrimoine naturel. Celui-ci se voit moins protégés par une vision unificatrice que soumis à une concurrence générée par « une approche au cas par cas des domaines institutionnels » (Ibid.: par.51).

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Propriété privée sur le mont Royal

Le Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal (2009) sépare les milieux naturels, le patrimoine bâti, ainsi que les aménagements paysagers afin d’y élaborer les différentes mesures à mettre en place pour chacun de ces « aspects ». Ceux-ci ne se rencontrent que de manière floue, regroupés sous la notion de paysage qui tient en compte des points de vue pittoresques et de l’aspect identitaire. Qui plus est, pour ce qui est de la gestion des ressources naturelles, si le Plan met de l’avant la biodiversité, il fait place à une part importante de compromis. Ce compromis se déploie en fonction, non seulement de la densité démographique de la fréquentation de la Montagne, mais aussi en suggérant qu’il faut offrir aux propriétaires de parcelles du mont Royal de la flexibilité pour l’aménagement de leur propriété. Si ces propriétaires souhaitent réduire le couvert végétal pour bâtir davantage, ils devront faire des interventions compensatoires, peut-on y lire. On donne alors l’exemple de la création d’un toit vert comme type de compensation possible (2005 : p.25) Si l’on peut même penser à l’équivalence entre une parcelle de forêt et un toit vert, c’est que la réflexion se fait en fonction du calcul de la biomasse : la masse de matière vivante végétale dans un milieu donné. Cette posture offre une compréhension fragmentaire et superficielle des du patrimoine naturel, laissant croire que la nature peut être ainsi « échangée ».

Cette aberration repose au moins en partie sur le fait que le langage de la gestion passe souvent pour neutre. C’est par cette illusion de neutralité qu’il est désigné comme « langage commun » lorsque vient le temps de mettre en parallèle les différents points de vue et engagements face au mont Royal. Il n’en génère pourtant pas moins un rapport à la nature singulier, qui plus est marchandable, accentuant du même coup « […] les injustices produites par les logiques d’échange néolibérales, fondées sur la propriété individuelle, les marchés et la financiarisation » (Maris, 2014 : p.58). L’invisibilité de son biais lui confère un pouvoir et, cela, au fur et à mesure qu’on l’adopte au sein des discours sur la préservation des milieux naturels qui s’érigent en ressources. « Services écosystémiques », « calcul de la biomasse », « développement durable », « valeur écologique », « valeur patrimoniale » sont autant de termes de plus en plus employés pour transformer le milieu naturel en ressource naturel afin d’en justifier l’utilisation. Plus souvent qu’autrement, on évalue la valeur de la nature en fonction de ses « bénéfices » et « cette vision strictement instrumentale est très réductrice et ne permet pas de rendre compte de la diversité des relations que les gens entretiennent avec le vivant non-humain […]. » (Ibid. : p.25) Au bénéfice pour le regard humain s’y ajoute souvent l’argument de la santé publique qui est déjà esquissé dans l’expérience romantique: « véritable îlot de verdure au cœur de la ville, [le mont Royal] présente donc non seulement un intérêt en termes d’ambiance et de perception des lieux, mais offrent également des avantages évidents sur les plans de la qualité de l’environnement et de la santé publique. » (2009 : p.25) peut-on lire dans le Plan d’action en question. Tentant tant bien que mal de réunir les points de vue identitaire, scientifique, romantique, pour n’en nommer que quelques-uns, le langage gestionnaire du Plan d’action engendre cette idée que l’on peut morceler et calculer la nature et sa biodiversité dont la valeur repose avant tout sur son utilité pour les êtres humains.

Tiohtià:ke Otsira’kéhn

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Tiohtià:ke Otsira’kéhn, l’hiver

Bien que le parc du Mont-Royal de Frederick Law Olmsted soit le parc que l’on associe d’emblée à la Montagne, celle-ci en comporte d’autres, comme les parcs Summit et Jeanne-Mance et à ceux-ci s’ajoute plus d’une demi-douzaine de plus petits parcs. En 2017, la ville se dote d’un nouveau parc d’abord appelé le Sommet Outremont, pour ensuite être désigné par les trois communautés Mohawk de Montréal Tiohtià:ke Otsira’kéhn. Cela signifie « autour du feu, sur l’île où le groupe se sépare ». Ce parc, encore méconnu de la masse et situé non loin des anciennes sépultures amérindiennes d’Outremont, a pour objectif de « protéger le plus grand réservoir de biodiversité sur le domaine privé de la montagne » (Ville de Montréal, 2009, p.47). Par sa création, il décloisonne les frontières institutionnelles et privées pour réunir les ressources naturelles du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, de l’Université de Montréal, de la Ville et du gouvernement du Québec. Il représente aussi un effort de reconnaissance du territoire autochtone non cédé sur lequel il se trouve (idée encore disputée aujourd’hui par les historiens frileux devant l’histoire orale), plus particulièrement celui des ancêtres des Mohawks : « Avec ce nouveau toponyme, la Ville de Montréal reconnaît la place essentielle que les peuples autochtones ont occupée et occupent toujours dans l’histoire et le développement de la métropole » raconte Réal Ménard, responsable à la Ville de Montréal du développement durable, de l’environnement, des grands parcs et des espaces verts (Radio-Canada, 2017).

Ailleurs sur la Montagne, la présence autochtone est plutôt timide à moins qu’elle ne mette en valeur la culture canadienne-française, comme c’est le cas pour le belvédère Kondiaronk, nommé d’après le chef Wendat qui a été converti au catholicisme par les Jésuites et qui a joué un rôle important dans la grande paix de Montréal. L’importance de créer des espaces où l’on reconnait la primauté des Premières nations sur les territoires est plus récente et convergent avec cette nécessité d’une préservation de l’intégrité de la montagne référant, d’une certaine manière, à son caractère indigène. Cette idée de réunir sous une appellation Mohawk une nature qui dépasse la propriété privée, au-delà de la municipalisation du territoire, ne serait-elle pas l’occasion de réfléchir davantage sur notre rapport à la nature? L’espace symbolique « autochtone » que représente le nouveau parc ne pourrait-il pas être l’occasion de « réformer nos principes les plus généraux pour prendre acte de ce qu’il existe une pluralité de natures et de façons de les protéger» ? (Descola, 2008).

Appartenir

L’hétérogénéité des points de vue au sein des usagers, des propriétaires et des acteurs décisionnels de manière générale, ainsi que la densité démographique et les enjeux environnementaux représentent, à mon sens, les plus grands défis pour la gestion du patrimoine naturel du mont Royal. En marchant sur la Montagne, par un beau samedi d’été ensoleillé, on aurait sans doute un peu raison de craindre la tragédie des communs annoncé par Hardin (1968) : celle de l’érosion inévitable de la nature accessible à tous et toutes, sans limites de nombre, alors que la ressource, elle, est limitée. Si l’on valorise la Montagne en partie pour l’expérience qu’elle peut nous offrir, celle-ci aura tendance à s’éroder si elle n’est pas expérimentée comme un bien commun. Le décret du Gouvernement du Québec en 2005 visant à en faire un site patrimonial fait un pas en ce sens. Toutefois, tel qu’exposé durant cette exploration, la nécessité d’une négociation permanente entre les différents acteurs décisionnels et les propriétaires, mais surtout la gestion fragmentaire du territoire, engendrent des décisions qui se prennent parfois au détriment des milieux naturels. Tel que Catherine Larrère et Raphaël Larrère le soulignent, la « marchandisation de la biodiversité s’oppose à son caractère de bien commun » (2015 : p.52). L’enjeu est complexe, car il reste encore à réfléchir au grand nombre d’usagers qui fréquentent la montagne et pour qui le bien commun peut différer, voire s’opposer (espace social pour faire la fête en groupe vs espace pour se reposer dans la nature). Le volet éducatif axé sur la sensibilisation à la nature et à la fragilité de ses écosystèmes est l’avenue qui a été privilégiée. On peut y voir là une tentative de créer une éthique, afin que celle-ci devienne implicite. Car déterminer ce que l’on doit conserver, identifier ce qui est bénéfique pour l’humain, condamner les pratiques nuisibles, choisir ce qui a une valeur patrimoniale, énumérer les expériences que la visite sur la Montagne doit pouvoir continuer de nous offrir, désigner les interventions humaines acceptables, c’est aussi définir implicitement une vision du bien. L’enjeu est que cette vision n’est pas incontestable puisqu’elle n’est pas totalement dépourvue d’un caractère arbitraire.

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L’une des nombreuses « cabanes-tipis » construites durant le confinement sur le mont Royal

Sans chercher à uniformiser l’hétérogénéité des points de vue et des rapports à la nature exposés ici, j’ai plutôt souhaité comprendre ce qui les unissait. Les différents rapports au monde qui ont façonné le mont Royal révèle un lien ontologique entre eux, issu du naturalisme et créant une scission entre l’humain et la nature. À son tour, celui-ci génère un rapport inégal, voire hiérarchique, où le premier se pose en position d’autorité par rapport à la deuxième. Cet aspect « commun » pourrait servir de tremplin afin de développer une réflexion plus approfondie sur ce dualisme et sur la possibilité de le transformer afin « d’accueillir des fragments d’autres ontologies » (Ibid.: p.124) qui redéfinissent la notion même d’appartenance. On ne peut répondre simplement à la question « à qui appartient le mont Royal? », aujourd’hui, sans se perdre dans les méandres de cette complexité gestionnaire. Qui plus est, on ne saurait définitivement fragmenter la Montagne dans l’esprit des gens qui la fréquentent, bien qu’elle le soit d’un point de vue institutionnel et administratif. Peut-être que la recherche d’un terrain commun, au lieu de prendre la forme d’une appropriation du territoire au niveau physique comme symbolique, comme le fait la patrimonialisation, par exemple, pourrait passer par une recherche de la manière dont nous pourrions lui appartenir. Le symbolique peut certes jouer un rôle fondamental dans cette quête, à condition d’accueillir le pouvoir qui peut le transformer, c’est-à-dire celui de l’imagination. Car c’est l’imagination qui ouvre la voie à de nouvelles manières de tisser des liens avec la nature alors que notre rapport à celle-ci ne permet plus de trouver des solutions résilientes.

Et l’imagination, on fait ça comment, concrètement? À suivre…

Références

Études de cas portant sur le mont Royal

Caron, Mathieu. Modernizing Mount Royal Park: Montréal’s Jungle in the 1950s. Mémoire de Maîrise, Université de Montréal, 2016.

Combe, Lila. (2010). « Approche symbolique ou gestionnaire ? L’effet du débat sur les choix de planification. Le cas de la table de concertation du Mont-Royal », L’Espace Politique, 10, 2010-1.

Côté, G. (2006). L’érection de la croix du mont Royal. Mens, 7 (1), 47–72.

Dagenais, Michèle. Faire et fuir la ville : espaces publics de culture et de loisirs à Montréal et Toronto aux XIXe et XXe siècles. Québec, Presses de l’Université Laval, 2006. viii-252 p.

Debarbieux, B. & Marois, C. (1997). « Le mont Royal. Forme naturelle, paysages et territorialités urbaines. » Cahiers de géographie du Québec, 41 (113), 171–197.

Debarbieux, Bernard et Perraton, C. (1998). « Le parc, la norme et l’usage : le parc du Mont-Royal ou l’expression de la pluralité des cultures à Montréal ». Géographie et Cultures, n° 26, pp. 109-127.

Lequin, M (1992). Analyse du développement durable en loisir et tourisme : le cas du Mont Royal. Mémoire. Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 182p.

Olmstead, Frederick Law. (1881). Mount Royal. New York, P Puttnam’s Son.

Pelland, J. (2008). « La pratique du vélo de montagne au mont Royal » Mémoire présenté à l’OCP dans le cadre de la consultation publique sur le Plan de protection et de mise en valeur du Mont Royal.

Documents municipaux

Valois, Nicole. (Juin, 2006) « Évolution historique des paysages du mont Royal : étude complémentaire. Rapport final déposé au Bureau du mont Royal du Service du développement culturel, de la qualité du milieu de vie et de la diversité ethnoculturelle », Montréal, Université de Montréal, 117p.

Ville de Montréal. (2009) Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal.

Le symbolique et les rapports à la nature

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Bourdieu Pierre. Sur le pouvoir symbolique. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 32ᵉ année, N. 3, 1977. pp. 405-411.

Cronon, William, « The Trouble With Wilderness: Or Getting Back to the Wrong Nature, Environmental History, Vol.1 No.1 (Jan.,1996), pp.7-28.

Debarbieux Bernard. « La (M)montagne comme figure de la frontière : réflexions à partir de quelques cas. » In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 137, 1997. Être et devenir des frontières. pp. 145-166

Descola, Phillipe. (21 janvier 2008) « À qui appartient la nature? », La vie des idées, dossier : les défis de l’Écologie. Consulté le 12 avril 2020 : https://laviedesidees.fr/A-qui-appartient-la-nature.html

Descola, Philippe. (2015). Par delà nature et culture. Paris, Gallimard.

Larrère, C., & Larrère, R. (2018). Penser et agir avec la nature (French Edition), La Découverte.

Maris, V. (2014). Nature à vendre, les limites des services écosystémiques. Dans : , V. Maris, Nature à vendre: Les limites des services écosystémiques (pp. 9-64). Versailles, France: Editions Quæ.

Nöth, Winfried. (2020). “The Criterion of Habit in Peirce’s Definitions of the Symbol” Transactions of the Charles S. Peirce Society , Vol. 46, No. 1, A Symposium in Memory of Peter H. Hare / Joseph Palencik & Russell Pryba, Guest Editors (Winter 2010), pp. 82-93 Published by: Indiana University Press

Panofski, Erwin. (1991) Perspective as Symbolic Form, trad. Christopher S. Wood. Zone book New York.

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Gestion des communs

Hardin, G. (1968). “The Tragedy of the Commons”. Science, 162(3859), 1243-1248. Retrieved May 1, 2020, from http://www.jstor.org/stable/1724745

Oström, Elinor. (1991) Governing the Commons. The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge University Press.

Articles de journaux et sites web

Ferraris, Laurence Sara G. (16 juillet 2015). « Opération policière sur le mont Royal », Le Devoir, consulté le 16 avril 2020 : https://www.ledevoir.com/politique/montreal/445220/reglements-municipaux-operation-policiere-sur-le-mont-royal

Le site officiel du mont Royal, consulté le 25 avril 2020 : http://ville.montreal.qc.ca/siteofficieldumontroyal/priorites-recherche-en-patrimoine-naturel-mont-royal

Les Amis de la Montagne, consulté le 7 avril 2020 : https://www.lemontroyal.qc.ca/fr?gclid=Cj0KCQjwka_1BRCPARIsAMlUmEq1139qB23-H8DS6nRRRt-bsoH1QMGfbY08KounYDiBr8PWTnaucSEaAgJGEALw_wcB

Radio-Canada « Le parc au sommet d’Outremont porte désormais un nom mohawk », 13 juin 2017, consulté le 15 avril 2020 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1039276/parc-outremont-nouveau-nom-mohawk-mont-royal-montreal

Le détournement du prestige de Meky Ottawa

Lorsqu’on parle d’oeuvres photographiques, à moins d’une installation in situ, on s’attarde directement aux images, à leur univers singulier. Puisqu’elles sont reproductibles, c’est un peu comme si elles étaient indépendantes du contexte dans lequel elles sont exposées. Or, je ne pouvais plonger dans une image de l’artiste Meky Ottawa sans parler de leur mise en exposition! C’est que les magnifiques photographies, issues de la première édition de la résidence de création et de diffusion Résurgence dédiée aux artistes issus de l’autochtonie, sont disposées sur le pourtour de la mezzanine de l’édifice Gaston-Miron, ancienne bibliothèque nationale. L’édifice imposant est muni de colonnes corinthiennes et paré des noms de plusieurs hommes de lettres et philosophes qui ont marqué une histoire occidentale, blanche et exclusivement masculine.

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C’est sous les noms de ces « grands hommes » qu’apparaissent, dans une lueur rose flash, les œuvres de l’artiste Attikamek. Contrairement à Jérôme Delgado, qui écrit dans Le Devoir que cette « brutale dissonance » donne du crédit à l’artiste et que « le prestige de la mezzanine […] souligne le sérieux de la démarche » de l’artiste, je trouve que c’est la notion de prestige qui en prend un coup! Le prestige, entendu comme quelque chose qui impose le respect et l’admiration, ne saurait plus être fondé sur une « histoire unique » pour reprendre l’expression de Chimanda Adichi. Les femmes photographiées par Mekky Ottawa imposent leur respect par leur présence forte et assumée. Elles nous abordent de manière frontale, pendant que les images auxquelles elles participent sont hybrides et portent une multitude d’histoires qui se déploient de manière simultanée, sans suggérer une évolution ou une déchéance. C’est une rencontre explosive entre le passé et le présent qui passe par la mise en oeuvre de références culturelles, de symboles, de mythes et de fantasmes multiples suscitant l’imaginaire propre à chacun.

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Image tirée du site Web de radiocanada.ca

Ce que j’appelle ici un « détournement du prestige » apparait clairement dans l’oeuvre 13 pour laquelle une femme portant une couronne est posée avec son reflet inversé, tel une carte à jouer. Cette reine qui prend impitoyablement la place du roi dans le jeu de carte, est maquillée comme une star de la pop et porte un régalia, vêtement issu de plusieurs cultures autochtones et porté lors de cérémonies. Ici, il est fait de bâtons de popsicle et de plastique. On assiste à la résurgence en force d’une femme autochtone après que l’histoire unique ait ravagé sa culture.

La photographie intitulée La pendue réfère quant à elle à l’arcane XII d’un jeu de tarot. Selon Alexandro Jodorovsky, celle-ci signifie « un état d’accumulation, d’arrêt et de réclusion ». Seulement, ici, la pendue semble en apesanteur. Ses cheveux ne se pliant pas à la loi de la gravité rappellent, quant à eux, les cheveux en serpents de Méduse, gorgone incarnant la puissance du féminin dans la mythologie grecque. On dit que son regard a le pouvoir de pétrifier les mortels. Ce regard saisissant d’une Méduse, on le retrouve dans chacune des photographies de l’exposition.

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Dans Cut Here, c’est une sorte de Vénus de Milo aux bras croisés qui nous apparait dans son drapé de plastique. Des pointillés sur son corps suggèrent à la fois la chirurgie plastique et la violence physique faite aux femmes et plus particulièrement aux femmes autochtones. L’image ne va pas sans rappeler l’ouvrage Ouvrir Vénus de Georges Didi-Huberman dans lequel l’auteur démontre combien la nudité était vécue de manière menaçante au Quattrocento et, cela, à travers une représentation du corps nu empreinte de cruauté.  Dans l’œuvre d’Ottawa, la jeune femme porte une couronne qui rappelle le halo de la vierge Marie ou encore celui d’une statue d’un Christ gothique. Encore une fois, cette image offre un fort contre-poids à l’édifice de style néo-classique, une architecture par laquelle on exprimait un retour aux sources, celles de l’art de l’Antiquité et du prestige qui lui est associé.

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Cut Here, image tirée du site Web de radiocanada.ca

« Mon art c’est mon âme qui parle avec ton âme », écrit l’artiste, une démarche habitant chacune des images de l’exposition Résurgence et se traduisant dans son travail cinématographique. Cela dit, les œuvres de Mekky Ottawa n’ont aucunement besoin des lustres et des plafonds en verre de cet édifice pour assurer leur légitimité, mais nous avons besoin de ce genre de dialogue au sein de nos édifices, de nos sociétés, de nos vies pour nous défaire, peu à peu, de ce qui entoure la notion de prestige, afin de retrouver le respect et l’ouverture face à l’autre, aux autres, dans toute leur complexité.  

Résurgence, Meky Ottawa. À la Maison du Conseil des arts de Montréal, 1210 rue Sherbrooke Est, jusqu’au 1er mars.

Le Wood Wide Web ou le langage de la lenteur [Peter Wohlleben, The Hidden Life of Trees]

A tree can be only as strong as the forest that surrounds it.

Dans son ouvrage, The Hidden Life of Trees. What They Feel, How They Communicate, le forestier et auteur allemand Peter Wohlleben raconte, du point de vue des arbres et avec beaucoup de connaissances scientifiques, l’histoire d’une forêt. Des plus jeunes arbres aux plus âgés, des vigoureux aux plus faibles, des indigènes à ceux qu’on a introduits : tous jouent un rôle au sein du « Wood Wide Web » (expression qui désigne le vaste réseau de communication que forment les racines des arbres à l’aide des champignons, les mycorhizes)!

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« We need old. We need slow », insiste l’auteur : la plantation d’arbres, en temps de déforestation massive, ne suffit pas à restituer la richesse d’une forêt. Au contraire, les arbres plantés sont vulnérables parce qu’ils peinent à communiquer : « their roots are irreparably damaged when they are planted, they seem almost incapable of networking with one another. »

Et pour les arbres, c’est « live together, die alone».

Sous terre comme à l’extérieur du sol, les arbres transmettent à leurs prochains des signaux d’alarme à l’aide d’odeurs indiquant la présence de ravageurs. Immobiles, ils forment des partenariats avec les animaux, les champignons et les insectes pour se reproduire et migrer. Ils apprennent les uns des autres, “crient” à l’aide de craquements lorsque l’eau vient à manquer. Ils s’entraident. Si l’un d’entre eux s’affaiblie, les autres le nourrissent : « It appears that nutrient exchange and helping neighbors in times of need is the rule

Isolés, les arbres plantés vivent alors beaucoup moins longtemps. Or, c’est sur le tronc des vieux arbres que se forment des mousses sur lesquels se fixent des algues qui, à leur tour, capturent l’azote. Grâce à la pluie, l’azote pénètre le sol pour nourrir les plus jeunes arbres. Ainsi, les vieux arbres jouent un rôle primordial: ils fertilisent la forêt!

Si l’auteur se positionne contre la déforestation, ce n’est tout de même pas un sacrilège d’abattre des arbres. Tout est dans l’équilibre et le respect, rappelle Wohlleben: « it is okay to use wood as long as trees are allowed to live in a way that is appropriate to their species ». Cela veut dire que les arbres doivent pouvoir combler leurs besoins de communiquer, de grandir dans une vraie forêt sur une terre inaltérée par l’activité humaine et de transmettre l’information à la prochaine génération.

Ne faudrait-il pas enfin briser la barrière morale entre les animaux et les plantes? demande l’auteur. Ne faudrait-il pas respecter la vie de manière générale, sans créer une hiérarchie entre ce qui appartient à notre règne et le reste du vivant, comme les arbres?

Pour cela, il faut entrer dans leur univers et apprendre leur langage…

« The main reason we misunderstand trees, raconte Wohlleben, is that they are so incredibly slow. » La diversité, l’équilibre et la pérennité d’une forêt existent dans la durée. Ici, on parle de plusieurs centaines d’années!  Cette lenteur donne l’impression que les arbres sont statiques et, pour plusieurs, qu’ils sont des objets inertes. Wohlleben leur donne vie comme s’il traduisait littéralement leurs dires. Le résultat est envoûtant, autant pour les amatrices que pour les connaisseuses qui auront l’impression d’avoir appris un peu plus pour elles-mêmes le courageux et judicieux langage de la lenteur.

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