Phasme

Le symptôme, chez Didi-Huberman, est un accident, mais un « accident souverain ». Son intrusion dans l’œuvre, ou plutôt dans le regard sur l’œuvre qui semblait d’abord le dissimuler, agit autour de lui, contamine le reste du langage visuel de l’œuvre. Aussitôt perçu, il se déploie, infecte et affecte celle-ci. Parce que le symptôme dépeint ici la peinture, il ramène le regard à la surface de l’œuvre et met en péril la précision du représenté. De cette manière, il se dissimule tranquillement pour faire place aux traits de pinceaux, à la plasticité. Mais il a une double-face, parce qu’il sait aussi se camoufler dans l’image méticuleusement détaillée et disparaître momentanément. Sa présence agit ici et s’érige comme un véritable phasme. Le phasme qui dort et qui est déguisé en brindille est ainsi presque indétectable. Il apparaît parce qu’il est d’abord capable de se dissimuler, de se transformer en décor lui-même. Parce qu’il imite si bien ce fond sur lequel il se trouve, il le devient et anéantit ainsi la hiérarchie de l’imitation. Du même coup, par le phénomène de catalepsie, il détruit en quelque sorte ce qu’il imite. Par sa forme et sa couleur, il arrive à s’éclipser, mais ce sont ces deux mêmes qualités qui lui permettent de surgir. Il se détache du fond dont il fait partie pour mieux le contaminer par la suite, pour ramener la représentation à un réseau de lignes, de taches, de points.

(c) Paule Mackrous

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