ÉCHOGRAPHIE 4D : UN EFFET DE PRÉSENCE SATURÉ

Si les échographies en noir et blanc laissent à peine deviner les petites formes du fœtus en gestation, il en est tout autrement de la prochaine génération du Baby Scanning. Conçu, au départ, pour identifier et prévenir les anomalies, les scans 4D (la quatrième dimension étant le temps) sont beaucoup plus précis. Mais évidemment, les « clients » de cette nouvelle génération aimerait bien avoir une telle image du fœtus qui se vend pour pas moins de 250 Euros. Un excellent article du Times Online fait le tour de la question : de la précision de l’image pour la détection précoce de problèmes jusqu’à la création du lien affectif par la perception d’une telle image. Il y a le clan du « pour » qui croit que le lien affectif, de la famille vers le bébé, s’en voit consolidé davantage et celui du « contre » encourangeant plutôt la subtilité de l’échographie traditionnelle et la surprise de la naissance. On a d’un côté une image qui se présente sur le mode de l’indice, de la trace et qui demande un effort d’imagination pour être appréhender. D’un autre côté, on a une image qui donne tout, une présence forte qui se laisse aisément saisir. On en revient à de vieilles questions sur l’image et ses pouvoirs…Le voile qui révèle parce qu’il cache et le nu qui illusionne parce qu’il montre trop. Si les Scans 4D donnent l’impression de voir le bébé, je ne vois pas en quoi cela consolide un lien. Pour q’un lien se crée, il doit y avoir une rencontre. L’image du bébé, même si elle semble plus vraie, même si elle donne le bébé en présence, n’est pas le bébé. C’est une rencontre à sens unique, engendrant des sensations profondes certes, mais elle est unidirectionnelle et purement visuelle. L’échographie traditionnelle est une trace à partir de laquelle l’image s’érige, l’effet de présence laisse voir son dispositif, l’illusion n’est pas complète. L’image est, pour la mère, un mélange de sensations internes (qui existaient avant la vue de l’image) qui rendent possible l’apparition, la figure du foetus. Pour quelqu’un qui n’a pas déjà de lien affectif (direct ou indirect) avec le bébé dans l’utérus, la petite photo en noir et blanc ne veut pas dire grand chose, elle est à la limite de l’abstrait et les affects ne suffisent pas à faire ressortir la figure. Alors que la photo du Scan4D relève de l’évidence, elle crée de l’affect. Elle ne consolide pas de lien, elle l’illusionne.Et lors de la naissance, n’y aura-t-il pas un décalage comme lorsque nous voyons quelqu’un en photographie avant que nous nous trouvions pour la première fois en sa présence? Il faut alors créer un nouveau lien, ajuster la présence nouvelle à l’effet de présence qui s’était installé, reconnecter l’ensemble de nos sensations pour faire disparaître l’image qui s’imprègne si rapidement dans la mémoire. Ah l’image est un phénomène complexe!

Lire l’article du Times Online

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