Boingboing et les mains assassines

L’effet de présence se présente parfois comme une anomalie, voire une discordance au milieu de ce qui apparaît tout à fait banal. En ce sens, on peut le rapprocher de l’effet fantastique et de l’indétermination qu’il suscite, celle-ci étant l’une des caractéristiques essentielles pour le définir. Or, je lisais aujourd’hui le blog « Boingboing » comme je le fais presque religieusement chaque jour parce que je trouve que ses participants ont le regard, ou toute autre sensorialité, surdéveloppé pour repérer des étrangetés et ainsi contaminer notre quotidien avec une panoplie de cocasseries. C’est une manière comme une autre de s’informer, le « bulletin » arrive tous les matins dans ma boîte courriel depuis quelques années. Je crois que lire certains journaux, c’est un peu s’informer sur le mode de l’effet de réel et lire Boingboing, c’est s’informer sur le mode de l’effet de présence. Cela permet en outre de se prémunir de la vraisemblance exhortée par les messages médiatiques. La journée se déploie, dès le matin, avec des indéterminations. Je dois certains de mes billets de blog à ces indomptables détectives dont les découvertes me fascinent toujours. Comment peut-on dénicher autant d’invraisemblances en un si court laps de temps? En même temps, comment peut-on ne pas considérer les invraisemblances? Enfin, je souhaitais leur rendre un petit hommage avant de parler d’une image « fantastique » parce qu’elle porte en elle le symptôme de sa discordance.
Si on regarde bien cette gymnaste, photographiée par Sports Illustrated au milieu de champ de maïs, on remarque une main (en bas, à gauche) émergeant des épis! Bon, déjà que le set-up de la photographie est assez particulier, une poutre dans un champ de maïs sous un ciel grisâtre, la pose très expressive de la jeune femme et l’apparence un peu caoutchouteuse des éléments de l’image, cette main obsède mon regard depuis qu’on me l’a faite remarquée. Elle est inquiétante puisqu’elle suggère que quelqu’un se trouve sous la poutre. En fait, ce sont plutôt des mains qui tiennent quelque chose…la poutre elle-même? Se prépare-t-il (elle) à faire tomber la jeune athlète? Ça me rappelle certaines toiles fantastiques de Magritte dans lesquelles on retrouve ce genre de tension. Je pense plus particulièrement à L’assassin menacé. Cet homme dont le regard est dirigé, voire omnibulé, vers ce que l’on comprend être une substance sonore semble être à l’abri des dangers qui le menacent. Il est véritablement assailli, mais son visage mélancolique repose dans un tel état de paisibilité. La jeune athlète nous regarde fièrement, j’aime croire que les regards ainsi dirigés vers le spectateur engendrent une distorsion de la fiction de l’image. Si elle nous regarde, elle fait donc un peu partie de notre espace. Ce n’est pas dans cet espace qu’elle est menacée, mais nous voyons précisément ce qu’elle n’est pas en mesure de voir, parce qu’elle nous regarde! Ainsi, la tension est d’autant plus forte que nous ne pouvons pas prévenir l’incident qui se produira précisément parce que nous sommes là et que nous nous offrons à son regard…La catastrophe demeure dans une indétermination presque insoutenable, une zone de tension qui s’alimente de ce jeu de regards.

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