La téléprésence : un dispositif écologique?

Ce matin, en lisant que l’Université de Missouri allait doter tous ses campus d’un système de téléprésence haute-définition, une petite phrase a retenu mon attention : « The new TelePresence system will foster greater teaching and research collaboration while reducing travel time, travel-related expenses and carbon emissions. »(voir l’article) En générant un environnement de rencontre immersif, par les dispositifs de téléprésence, on réduit alors les émissions de carbone dans l’atmosphère! Wow! Je n’avais jamais songé à la téléprésence, voire à l’effet de présence comme phénomène écologique. Surtout quand on sait comment les dispositifs nécessaires à la téléprésence bouffe énormément d’électricité, sont fait de matériaux qui sont bien loin d’être biodégradables et que les technologies qui sous-tendent ce genre d’expérience en ligne sont vouées rapidement à l’inévitable obsolescence. Ce qui est étrange, c’est de voir comment les dirigeants de cette université justifient ainsi l’acquisition de ce système. Quand on sait que les avatars de Second Life consomment autant d’électricité, sinon plus que les Brésiliens (voir écran.fr), on retourne la question un peu plus longtemps. J’ai même l’impression que l’utilisation des technologies du virtuel, de part la terminologie employée pour définir ce qui en émerge, « monde virtuel » par exemple, engendre parfois cette idée que ce qui se déroule dans l’espace temps de la virtualité, n’a pas d’impacts dans le monde tangible. Enfin, le phénomène n’est pas généralisé! Par contre, pendant que certaines expériences écologiques prennent pour plateforme expérimentale les mondes virtuels (voir, par exemple, « Évaluation de la pollution des lacs via la réalité vituelle), on oublie certainement les répercussions de l’utilisation de ceux-ci, même à des fins écologiques.

Le journal Le monde a rédigé un dossier (lire le dossier), il y a plus d’un an sur cette problématique : « Le developpement de la societe numérique engendre une surconsommation énergetique et une augmentation constante de produits, materiaux… et dechets électroniques. » Plus forte est la transparence de ces mondes virtuels, plus on s’éloigne de sa réalité, c’est-à-dire, ses matières qui sont à la fois lumière et couleurs, mais aussi écran, clavier, disque dur. Le réseau Internet est aussi un dévoreur énergétique : « Mais outre ces appareils, l’infrastructure d’Internet elle-même draine une grande quantité de ressources énergétiques. Estimée a 123 térawattheures en 2005, la consommation électrique de l’ensemble des serveurs dans le monde équivaut a la production d’une quinzaine de centrales nucléaires. » En plus, le recyclage de ce genre de déchets nécessitent des manipulations et produits hyper nocifs. Cette sensation de « dématérialisation » qui accompagne l’utilisation des différentes interfaces et dispositifs mis en œuvre sur le Web est tout à fait illusoire.

En fait, je n’aime pas trop parler du caractère illusoire des mondes virtuels ou de la téléprésence, c’est un commentaire hyper facile, trop souvent émis par les détracteurs de ce genre d’expérience clamant un retour à la Réalité. Le monde tangible s’offre aussi souvent dans une telle transparence que l’impression que ce qui s’y déroule au quotidien n’est pas relié au phénomènes plus globaux, puisque nous n’y interrogeons pas les impacts de notre présence « matérielle » sous toutes ses formes. Les plus conscientisés diront que les insouciants ne vivent pas dans la Réalité. La téléprésence fonctionne sous le même principe lorsqu’on oublie les dispositifs qui la sous-tendent. Étrangement peut-être, j’ai rencontré plus d’adeptes des technologies du virtuel avec une conscience bien éveillée sur ces questions que l’inverse!

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