Conscience : phénoménologie et neuroimagerie cognitive

La notion de conscience est importante pour comprendre l’expérience de l’effet de présence. Cette expérience implique toujours une conscience de l’artifice, ce qu’Husserl appelle également la « conscience d’image » lorsqu’il parle de l’art. L’expérience de la présence (par opposition à celle de l’effet de présence) n’implique pas d’emblée cette conscience, elle est une expérience immersive dans le monde plutôt qu’une prise de conscience de ce monde comme monde perçu. Si l’on suit cette logique, ce qu’Husserl appelle l’épochè phénoménologique, c’est-à-dire la suspension de notre croyance en l’existence du monde, est en quelque sorte l’établissement volontaire d’une conscience d’image qui se répercute à l’ensemble de ce que nous percevons. Il importe peu de savoir ce qui est vrai ou faux, réel ou non. Cette posture permet plutôt d’observer l’activité de la conscience elle-même, c’est-à-dire, la manière dont les choses se donnent à ma perception, sans que je ne juge de leur existence ou d’un quelconque réel.

Il y a quelques instants, j’écoutais l’entrevue, diffusée à la radio de Radio-Canada, de Yanick Villedieu avec le Dr Raphaël Gaillard, psychiatre et membre de l’Unité de neuroimagerie cognitive de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Apparemment, les chercheurs de cette unité sont parvenus à « suivre le cheminement complexe des influx nerveux de la conscience dans le cerveau de patients épileptiques ». On parle de « lieu » de la conscience en tant que tel, la conscience est avant tout un phénomène physiologique. Si la phénoménologie s’attachait à des contenus de sensations (surtout visuelles, tout de même polysensorielles, mais surtout pas langagières), la neurologie s’intéresse principalement au langage pour repérer la trace de la conscience de manière physiologique. La neuroimagerie illustre ensuite l’activité de la conscience.

Conscience est toujours conscience de quelque chose qui nous apparaît alors comme extérieure. Dans le même ordre d’idée, la conscience est aussi conscience de soi-même comme être percevant. Ce quelque chose, selon les phénoménologues, si l’on décrit la manière dont il se donne à la perception, nous porte vers la description de l’activité de la conscience. Pour connaître cette conscience, l’observation et la description de son activité sont importantes, que l’on soit neurologue ou phénoménologue. La description se fait cependant de manière bien différente. Les recherches en psychologies et neurologies cognitives impliquent la croyance en l’existence du monde. Cette croyance est dissimulée derrière une dichotomie sujet/objet qui est à son tour répercutée dans celle de corps/esprit(psychologie). La phénoménologie n’implique pas cette croyance, donc n’opère pas une scission entre l’objet et le sujet, le corps et l’esprit, et celle, très présente dans les sciences cognitives, entre les variables stimulus/réponse.

Du point de vue de l’expérience esthétique, il n’est pas particulièrement révélateur de comprendre la conscience comme processus neurologique et comme quelque chose de binaire : conscience/pas de conscience, influx nerveux/pas d’influx nerveux. Les subtilités de celle-ci reposent sur les différentes manières dont les choses se donnent à ma perception, non parce qu’elles sont des stimulus extérieurs, mais parce que le monde habite et forge ma conscience et que, par ma conscience, je l’habite à mon tour. L’imagerie de la neuroscience cognitive place le corps comme objet, devant soi, même s’il illustre une physiologie interne. La phénoménologie n’opère pas cette distanciation. J’ai l’impression que l’expérience phénoménologique de certaines oeuvres d’art qui suscitent une conscience d’image nous en apprend plus sur les processus de la conscience que la neuroimagerie vouée à la représentation de l’activité de la conscience…

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