Art et créativité : Animal House

Si vous avez déjà dormi dans l’auberge de jeunesse à Ottawa, vous savez sans doute, d’une part, que c’est une ancienne prison et, d’autre part, qu’il y a une toute petite galerie d’art qui partage la même cours : Saw Gallery. Il s’agit en fait du centre d’arts médiatiques ; ça compense un peu pour les lacunes du grand musée. Côté arts actuels, le Musée des beaux-arts du Canada n’est pas très innovateur.
Je n’ai pas dormi à l’auberge, mais j’imagine simplement la tête des touristes qui, après avoir passé la nuit dans une cellule au cœur d’une ville de fonctionnaires, se retrouvent devant la galerie qui annonce, en tête d’affiche, l’exposition Animal House : oeuvres d’art réalisées par des animaux.

Évidemment, le titre intrigue. Dans la salle d’exposition, il y a toutes sortes d’oeuvres qui relèvent de collaborations entre les humains et les animaux, par exemple, Infinity Kisses de Carolee Schneemann. On retrouve également de l’art animal « de type humain » (action painting) tel que le nomme le commissaire Stefan St-Laurent. Il y a aussi des créations purement animales, par exemple, des nids d’oiseaux. L’exposition est très bien documentée, sujet oblige, et le commissaire souhaite défendre la créativité animale contre l’exploitation du marché de l’art animal.

« En effet, on évalue que le marché de l’art animal génère près de 100 millions de dollars anuellement, et il s’est considérablement développé depuis le nouveau millénaire ; des artistes comme komar et Melamid prédisent qu’il va peut-être dépasser le marché de l’art humain »

Il distingue ainsi la créativité proprement animale de celle qui est inférée par l’humain attendri devant les productions qu’il anthropomorphise.

« Les animaux sont créatifs par tempérament, et ce qu’ils arrivent à produire dans la nature peut souvent dépasser les compétences de n’importe que artiste ou artisan humain. »

Il y a, de toute évidence, une créativité animale, mais c’est lorsque nous nommons le résultat de cette créativité « art » que cela pose problème. On semble souvent confondre ces deux termes comme s’il s’agissait de synonymes. La créativité est partout, l’art peut en être le résultat, certes, mais je vais être un petit peu radicale : l’art c’est aussi un amas de contingences! Alors oui, ce qui se vend sur le marché de l’art est de l’art et la ruche d’abeille n’est pas de l’art jusqu’à nouvel ordre. Ce qui est intéressant de constater dans l’articulation de cette exposition, c’est la lutte pour la créativité qui s’inscrit, en quelque sorte, en opposition avec l’art lui-même. Si par les productions animales, l’antagonisme paraît évident, je trouve qu’il y a matière à réflexion de manière plus générale.

Enfin, je tenais à mentionner cette petite exposition interdisciplinaire très touchante qui place au cœur de sa réflexion la question de la créativité un peu trop souvent délaissée!

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