SAT & SWAMP

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Depuis que Brandon Ballengée a créé son laboratoire de bioart dans le sous-sol de la SAT, il faut le dire, ça sent un peu le swamp là-dedans!

Intriguée par le projet de cet artiste new-yorkais, j’ai fait une première visite des lieux cet été. J’y suis retournée aujourd’hui puisque le labo était ouvert au grand public en l’occasion des journées de la culture et en ai profité pour assister à la conférence de l’artiste-biologiste. Le projet me fascine. Entre la recherche biologique, l’art qui porte sur les systèmes écologiques et une approche résolument activiste, Ballengée propose un projet auquel on aurait tous envie de participer.

L’artiste, d’abord biologiste, remarque que depuis environ 20-30 ans, les grenouilles ont de la difficulté à se développer normalement et ce, sur les six continents. Lors de sa résidence à la SAT, Ballengée réunit une équipe de volontaires sur place pour contribuer à l’étude de ce phénomène. Le groupe se rend sur différents lieux de notre belle province pour y recueillir des grenouilles et des tétards qui seront ensuite distribués dans des bacs prévus à cet effet dans le sous-sol de la SAT. On ne s’intéresse pas à n’importe quelles grenouilles, mais à celles qui présentent des malformations et des blessures (pattes manquantes ou…pattes en trop!!). Ballengée a d’abord cru que le phénomène des grenouilles mutantes était relié à la présence de produits chimiques dans l’eau. Toutefois, on retrouve un plus haut taux de grenouilles malformées dans la nature que dans les zones polluées.

Ainsi, les petites grenouilles se font attaquées par des nymphes libellules qui, semble-t-il, s’amuse à croquer les pattes de grenouilles sans vraiment les bouffer. Il y aussi ce problème de parasites dont je ne me souviens plus le nom, enfin, un petit insecte qui empêche les cellules de communiquées entre elles. Le mystère demeure. Pourquoi les grenouilles deviennent, par la suite, mutantes : pourquoi leur membre ne se regénère pas?..Plus étrange encore, certaines se retrouvent avec un complexe de six pattes rabouttées ou encore avec des orteils dans la cuisse. Bref, elles se regénèrent étrangement et, croyez-moi, une beauté repose dans ces imperfections.

Sensible à la cause et à l’expérience de ces formes inhabituelles, l’artiste injecte un produit dans le corps de la grenouille (lorsqu’elle est morte), afin que sa peau devienne transparente. Ce procédé crée une multitude de couleurs dans le corps de la grenouille et permet de voir les méandres de son intérieur. L’artiste scan la grenouille et produit de grandes images afin de susciter l’empathie chez le spectateur. Il affirme ainsi s’éloigner volontairement de l’illustration scientifique pour offrir un effet esthétique.

On ne se retrouve pas devant une grenouille parmi tant d’autres, mais devant une grenouille toute particulière. Les enchevêtrements de pattes forment des motifs que seule la nature peut créer. L’artiste a trouvé le moyen pour rendre visible quelque chose qu’il voyait déjà vu son amour pour les grenouilles : leur singularité.

Outre les images, c’est tout le projet qui est un processus artistique. Processus dans lequel l’artiste souhaite sensibiliser le public en l’intégrant complètement. Il est bien rare qu’un labo de biologie ouvre ainsi ses portes au public. Personnellement, j’étais ravie de visiter et de discuter avec les membres de l’équipe qui s’y trouvaient. Mon prétexte était l’art, mais j’y ai trouvé bien d’autres choses. Ça fait du bien la transdisciplinarité!

Publié par Paule Mackrous

Après un parcours universitaire en histoire de l’art (BAC, Maitrise) et en sémiologie (Phd), j’ai fait un petit virage en horticulture (DEP, ASP) et en foresterie urbaine (arboricultrice certifiée ISA et études de deuxième cycle en agroforesterie), un domaine dans lequel j’œuvre avec beaucoup d’enthousiasme aujourd’hui! Je poursuis mon travail d’historienne de l’art et de sémioticienne par l’écriture et la recherche, surtout durant la saison hivernale, lorsque la lumière s’amenuise, que le sol gèle et que les plantes dorment. Sur mon blogue, je publie des textes de réflexion sur l’art, la nature et la foresterie selon les lectures du moment, les lieux visités, les œuvres rencontrées.

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