Précieuse maladresse

Quelle sont les bienfaits de la maladresse pour la recherche théorique? Pour l’art? Je me pose cette question absurde (la plupart des gens me dirait sans doute qu’il n’y pas de bienfaits) parce que je me sens toujours bien maladroite lorsque je manipule des concepts, des notions, des idées théoriques, mais aussi et surtout lorsque j’explore l’aspect pratique. Mes collègues artistes, ici, à Boulder, me donnent l’impression de faire les choses avec une telle perfection. Ce n’est pas une question d’aptitude physique ou intellectuelle (ce à quoi renvoie l’adresse), c’est plutôt comme s’ils avaient l’habitude de traiter la maladresse avec le plus grand soin de sorte que celle-ci devienne une « originalité ». Telle est leur aptitude. En les observant, j’ai compris que la maladresse leur était extrêmement précieuse. Ils ne voudraient, pour rien au monde, la perdre.

Si la maladresse est le fait de faire quelque chose avec le manque d’aptitude intellectuelle ou physique, à partir de quand est-ce qu’on peut dire que quelque chose n’est plus maladroit? Je suis certaine que cette question hante bien des doctorants, parce que retourner autrement, elle se traduit par : quand serai-je prête à écrire ma thèse, par extension : quand pourrai-je agir concrètement, faire adroitement…Comme cette question ne trouvera jamais de réponse objective, unique et simple, je me dis qu’il faut « faire » maintenant : faire avec sa précieuse maladresse et ne vouloir, pour rien au monde, la perdre.

2 commentaires sur “Précieuse maladresse

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