Jenny Hölzer : une esthétique informatique

On oublie souvent que l’art textuel de Jenny Hölzer a marqué largement les débuts du Net Art, notamment avec l’œuvre hypermédiatique Please Change Beliefs (1995). On parle beaucoup de ses enseignes, de ses projections et de ses installations, mais pourtant, l’interactivité qu’engage son travail en ligne est tout à fait important dans sa démarche artistique. La culture de la critique de la consommation dans les oeuvres pré-Internet de Hölzer qui s’emparent des systèmes publicitaires a certainement marqué les artistes engagés du Net Art.

Dans le texte de l’exposition de l’artiste à la DHC/ART dans le Vieux-Montréal, une exposition qui met en scène son travail des années ’90, il n’y a aucune mention de ce bref passage d’Hölzer dans l’univers du Net Art, là où ses fameux truismes pouvaient et peuvent encore être modifiés par les utilisateurs.

Pourtant, en visitant les salles, j’avais l’impression de pénétrer un vieil ordinateur et ses fichiers top secrets. L’esthétique des oeuvres inspirées de documents décrivant des stratégies de torture ou encore des constats de mort lors de l’invasion américaine en Iraq est, je ne sais comment le dire autrement, tellement informatique. Étrangement, j’ai préféré lire les « documents » dans le confort de mon sofa, puisqu’ils étaient fournis par la DHC/ART, l’installation n’étant pas tellement significative pour l’expérience de la lecture dans ce cas précis.
Les installations lumineuses sont sans aucun doute les plus spectaculaires, car il est vrai que l’on voit rarement les mots défilés où s’enrouler autour d’une colonne. J’ai envie de les appeler des hypertextes dans la mesure où l’expérience qu’ils procurent est vertigineuse et rhizomique. Des écrans de formes longitudinales s’étendent sur le plancher et le corps navigue dans cette atmosphère générée entièrement par la lumière qui se dégage de ceux-ci.

La lumière du texte : voilà le travail de Jenny Hölzer!

6 commentaires sur “Jenny Hölzer : une esthétique informatique

  1. Oui, j'aime l'expo. Très stimulant de travailler là-dessus et de créer (je suis en éducation) à partir des œuvres d'une artiste qui a un discours aussi affirmé et qui, à la base, offrent des mots avant toute chose. Je suis d'accord avec la lecture qui est difficile sur place. Une dichotomie entre langage publicitaire rapide et textes cachés aux trop longues et sordides informations.

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  2. Ah oui, ce doit être vraiment intéressant comme travail!

    Oui, il y a un beau contraste entre les salles où on retrouve les installations lumineuses et les autres où l'on retrouve les « documents ». C'est là que le travail engagé de Jenny Hölzer prend son sens, je crois, dans cette dichotomie.

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  3. En voyant cette oeuvre, je suis obligée de penser à la colonne Trajane et à sa frise en bas-relief représentant les campagnes de Trajan contre les Daces. C'est un déroulement de faits militaires en continu et en 184 scènes décrivant une spirale autour de la colonne de 40,50 m. Le lumineux et le textuel font la différence mais il reste beaucoup de points communs !

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