Tu archives façon "remix" quand…

La question de l’archive numérique est de plus en plus préoccupante, comme en témoigne le récent bouquin, recueil de textes, devrais-je écrire, Sustainable Archiving of Born-Digital Cultural Content, 2010. Lorsqu’on pénètre les méandres de ces réflexions, on s’aperçoit bien que le sujet possède plusieurs paramètres (préservation, conservation, diffusion, accessibilité, démocratisation, histoire, appropriation, culture comme « données numériques ») assez complexes en ce sens qu’ils sont des champs d’étude à eux seuls.

L’une des questions que je me pose, suite à ma lecture, est celle-ci : pouvons-nous vraiment faire la différence entre notre désir de préservation numérique et celui de l’accès permanent aux productions culturelles en ligne à l’ère des technologies numériques? (p.7) J’en doute fort…Lorsque l’on souhaite que quelque chose soit archivé, on souhaite en même temps son accessibilité : simple, rapide et efficace! Pourquoi? Pour l’utiliser! De cela découle donc un autre enjeu : celui de l’utilisation de l’archive, indissociable des enjeux de préservation et de diffusion…

Il y a plusieurs formes d’utilisation d’une archive, j’imagine. Ils sont plusieurs à mentionner brièvement une forme d’archive qui se fait par tout un chacun, via une appropriation, une réinterprétation d’une production culturelle par la création d’une autre production culturelle.

J’ai envie de proposer avec un peu plus de conviction cette « archive remix » que l’on mentionne timidement avec le qualificatif « libre ». Car à bien y réfléchir, elle remplit plusieurs rôles fondamentales de l’archive. Elle permet à l’historien et à tout un chacun de s’investir dans la culture en rendant hommage (ou critique) à une production culturelle, de saisir la manière dont cette production s’inscrit dans un contexte particulier et de transmettre une expérience personnelle, sorte de neverending tramsmission. L’original est perdu, s’il n’est pas en constant mouvement, il faut donc faire son deuil. En fait, nous ne sommes plus dans une culture de l’original, mais dans celle de son actualisation infinie. L’original n’est que potentiel, imaginaire, il devient ainsi normal que l’on ne puisse pas toujours en retracer l’occurrence « première ».

Autrement dit : bye bye l’égo! (ouf, c’est moi qui dis ça!?)

Autrement dit encore : il y a assez d’archives à consulter, pauvre historien, ne lui demandez pas en plus de trouver l’original pour vous flatter dans le sens du poil!

Selon moi, tu archives remix tout le temps, malgré que ce qui me reste dans le creux de l’oreille, ça ne compte pas vraiment ;), mais en ligne, tu remixes soit mollow ou intense.

Tu archives remix « mollow » quand…

…Tu intègres une vidéo YouTube, une chanson, une image d’œuvre d’art, une citation d’auteur sur ton blog en lui ajoutant un nouveau titre ou en le commentant (ou simplement en soulignant).

…Tu racontes ton expérience d’un événement culturel (tangible ou non), avec du texte et/ou des photographies et/ou des vidéos…etc.

…Tu numérises des images, des films, des textes pour les mettre en ligne.

…Tu fais des captures d’écran d’un site pour les mettre sur un autre site.

…Tu participes, de manière générale ou simplement par tes commentaires aux plateformes du Web 2.0 (ou pré-2.0) : Flickr, Facebook, MySpace, Blogues, Forums, Twitter…etc.

Tu archives remix « intense » quand :

…Tu crées une vidéo à l’aide d’autres vidéos, tu engendres une pièce musicale à l’aide de plusieurs autres pièces, tu fais un collage avec les images du site Flickr…etc. Autrement dit, tu refais ta culture comme ça te chante!

…Tu interprètes une chanson que tu aimes, tu te filmes dans ton salon et tu la diffuses sur YouTube. (Et non, ce n’est pas toujours agréable à l’oreille, la remix culture!)

…Tu participes à des plateformes qui s’inscrivent dans une économie du partage comme Creative Commons, Art libre…etc.

…Tu pirates un site Internet pour le recréer à ta manière.

…Tu fais du son avec des images, de la vidéo avec du texte, du texte avec du son…Enfin, toutes ces choses qui sont rendues possibles grâce aux procédés numériques.

Pour moi, l’enjeu principal d’une telle archive remix est la responsabilité, car tu prends une décision sans avoir recours à une autorité « quelconque ». Plus tu archives remix « intense », mais même lorsque tu archives remix « mollow », la question de la responsabilité refait surface : celle de l’attention portée à une production culturelle. Parce que tout en considérant la belle démocratisation, on peut certainement voir comme des relents de Darwin (p.6) ici! Dans cette archive laissée aux impulsions et réflexions des spectateurs/internautes, qui font des choix au coeur d’un océan de productions culturelles impossible à archiver dans sa totalité, la dimension politique est importante. Ça devient quelque chose comme : « que le plus documenté ou réutilisé survive, lui seul mérite qu’on lui offre l’immortalité »! C’est le danger de la culture numérique : on compte! On compte quoi? le nombre d’entrées dans les résultats du moteur de recherche…

D’où l’importante responsabilité de notre attention « active ».

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