Remix culture et geste vidéographique

Aby Warburg (1866-1929) avait tout prévu. C’est l’historien de la culture du XXIième siècle, il n’y a pas de doutes. Il avait peut-être même prévu sa propre revenance…

De ses Essais Florentins écrits à la manière du Reality Hunger de David Shield à sa bibliothèque organisée comme les meilleurs moteurs de recherche organisent les données, Warburg savait que le mode de transmission humain par excellence, celui de l’art, de la culture, enfin de n’importe quoi, se situait entièrement dans le geste. Botticelli ne copiait pas les anciens, il incarnait un geste qui « coule dans le sang de l’humanité », pour citer Buckhardt. Et s’il y a quelque chose qui caractérise la remix culture, tel qu’analysée par Lawrence Lessig, selon moi, c’est bien le geste : le geste comme mode de transmission, mais aussi comme dialogue…

Il ne suffit plus de composer un air qui reste dans la tête après avoir fait son chemin dans l’oreille interne, il faut aussi composer un geste. Celui-ci est LE détonateur de remix sur YouTube (la stratégie mouvante du remix étant, rappelons-nous, la meilleure manière de s’inscrire dans la mémoire collective à l’heure actuelle). Les pires « musiciens » (voilà un beau jugement de valeur de ma part) en ont compris le potentiel, du moins celui de sa rentabilité. Je pense aux nombreux remix des fameuses danses du Dougie, du Soulja Boy ou encore du geste, on ne peut plus simple, instigué par le joueur de basket John Wall qui ne finit plus d’être remixé :

Le geste vidéographique entre dans le corps qui souhaite l’habiter. Et lorsque le corps en est habité, le geste, aussi futile soit-il, « coule dans le sang de l’humanité ». Pas seulement le geste filmé et retransmis sur le Web, mais tout ce qu’il porte avec lui : rythme, idéologie, communauté.

Si, après Warburg, le geste est devenu quelque chose d’essentiel pour comprendre des tableaux comme celui de la Vénus de Botticelli, pour saisir ce qui y est « conservé » par le mouvement (en l’occurrence, la belle Simonetta déguisée en Vénus), ne faut-il pas alors comprendre le langage du geste vidéographique (Web) davantage, en faire une « sémiotique »? Pourquoi un tel geste est reproduit, transmis? Qu’est-ce qui engendre le désir du dialogue et de la communauté au sein d’un geste? Quelles survivances s’y inscrivent? Ne faut-il pas apprendre à le « parler », ce langage?

Il ne s’agit pas d’apprendre à danser le Dougie! 😉

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