L’originalité du remix

Déjà, en 1836, Ralph Waldo Emerson amorce un essais sur la nature en affirmant ceci « Our age is retrospective. » Nous écrivons des biographies, des histoires et de la critique, poursuit-il un peu plus loin dans le texte. La lourdeur que transporte une mémoire qui s’est élargie au fil de ce que nos ancêtres ont choisi de garder, s’inscrit dans notre rapport au monde, en grande partie malgré nous.
J’ai parfois l’impression de passer beaucoup de temps à tenter de démystifier ce que mon corps, mes gènes, mes pensées véhiculent, car même dans les gestes les plus superficiels, il y a une histoire qui ne finit plus.

Cette lourdeur, résultat d’une accumulation historique dans laquelle Nietzsche donnait de violents coups de marteau, nous amortit plutôt que de nous porter vers l’action. Il me semble qu’aujourd’hui, on n’hésite pas à vouloir s’en débarrasser, à la laisser reposer toute seule, dans son petit coin. Du moins, c’est l’impression que l’on peut avoir. Que ce soit dans les livres, à la télévision, sur le Web : on sait qu’elle est là, qu’elle est inscrite. Nul besoin de l’incarner. Mais qu’on le veuille ou non, une histoire, c’est du vivant et c’est dans le corps et la pensée qu’elle perdure et qu’elle s’actualise. Aby Warburg l’écrivait, c’est par le truchement d’une voix ou d’un geste qu’elle est.

Est-ce que cette présence (effet de présence) de l’histoire dans notre corps est récente? Est-ce qu’avant que l’on ait gravé compulsivement des événements dans notre mémoire par le truchement de productions culturelles, il y avait une certaine pureté du geste? Y avait -il ce dont parle Emerson, c’est-à-dire, « an original relation to the universe »?

Why should not we have a poetry and philsophy of insight and not of tradition, and a religion by revelation to us, and not the history of theirs?

Ces questions me fascinent. Comme toute personne curieuse qui fait une recherche j’imagine, il m’arrive bien souvent d’avoir cette sensation de vivre une révélation, que quelque chose se déballe de manière toute nouvelle et originale. À la suite de ces moments où j’ai l’impression que ma pensée est allée ailleurs, je finis souvent par m’apercevoir que cet ailleurs est toujours bien relatif. L’innovation est une forme de tradition (je n’invente rien en disant cela) et la révélation, au final, n’est rien d’autre que son antonyme, c’est-à-dire, une duperie, voire la mystification d’une vieille chose. C’est une vieille chose qui provient de « leur » histoire, mais que j’ai ressenti, à un moment ou un autre, comme original.

L’originalité est une sensation extraordinaire et importante, mais qui s’évapore lorsqu’elle est confrontée à l’histoire, c’est-à-dire, à la multitude des inscriptions que l’on porte à notre insu qui se rendent alors conscientes. La véritable originalité (toujours comme sensation) se trouve peut-être dans la capacité à remixer les inscriptions de l’histoire qui nous habitent, à les utiliser comme matériaux premiers, car, si l’on y réfléchit un peu, ils le sont, premiers.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s