Ce que les arts numériques font à l’histoire de l’art #6 [BIAN 2012 : Variances]

Ça y est, j’ai presque fait le tour des expositions présentées dans le cadre de la Biennale d’arts numériques, à l’exception de celles qui n’ont pas encore ouvert leurs portes! Je suis un peu en retard dans ma rédaction de billets, la situation actuelle (grève étudiante) occupant grandement mon esprit. Dans cet ordre d’idées, j’avais envie de reprendre l’écriture avec une exposition regroupant le super travail d’étudiants en arts visuels et médiatiques de l’UQAM! Avec Variances, quelques artistes m’ont fait réfléchir à la situation du net art au Québec, à ses possibles transformations et évolutions à travers l’installation, l’application et la vidéo. Je ne parlerai ici que de trois œuvres, moins par préférence, car l’exposition est d’une grande qualité de manière générale, mais simplement par intérêt pour mon mini commentaire!
Animisme
Au fond de la salle, une bande d’ordinateurs portables branchés au réseau joue le thème célèbre de 20th Century Fox. Cet air qui, d’habitude, annonce colossalement notre immersion écranique au cinéma ne prédit ici rien d’autre que la célébration des écrans portables qui s’illuminent au rythme de la mélodie. C’est indéniable, ces petits écrans individuels, dont le degré de luminosité dépend de leur usure particulière, remplacent de plus en plus le grand écran. On a affaire à l’œuvre Aux Vues, d’Emmanuel Lagrange Paquet. Grandiosement drôle! Surtout de voir mon fils d’un an courir vers les objets prohibés qui semblaient, par leur symphonie, chaleureusement l’inviter. 
Ici, pas question de dissimuler la machine,  vous l’aurez compris! Plutôt que de nous ouvrir une fenêtre sur le réseau, les écrans nous renvoient leur lumière et, par là, ils nous ramènent à notre propre rapport à la machine comme chose physique et pérenne. En vedette : le lien intime et affectif (pour ne pas dire obsessif) que l’on finit presque tous par développer avec notre « petit appareil de mémoire ». Le choix du thème musical interprété par les machines, créant d’emblée l’impression qu’un événement important est sur le point d’arriver, m’évoque le désespoir dans lequel nous plonge immédiatement la mort de notre ordinateur personnel. C’est aussi le rapport animiste. Celui qui transforme la machine en un objet doté d’une intention humaine : « pourquoi tu ne marches pas, là!? » Ce rapport est ici exploité, non sans une pointe d’humour, pour montrer la force du réseau à travers ce qu’il a de tangible et réel : des ordinateurs et des fils reliés entre eux.
L’artiste 2.0
Avec Mpiigotchi 2.0, Marie-Pierre Théberge propose une application pour le téléphone cellulaire permettant de faire vivre une artiste fictive. Théberge montre bien les rouages du milieu professionnel de l’art contemporain en tant que structure qui prédétermine, de manière parfois un peu pathétique, la création artistique. L’artiste s’est également lancée dans la production de produits dérivés pour son personnage SUPER MPIER, illustrant ainsi de manière très pragmatique l’aspect lucratif souvent décrié dans milieu de l’art. Cela montre également la manière dont ces produits sont à l’origine même de la transition d’un personnage ordinaire vers un superhéros.
À l’ère du Web 2.0, les artistes sont généralement appelés à « se vendre » eux-mêmes, à s’impliquer dans toute la chaîne de la production de leur art, de la confection à la diffusion. Le Web 2.0 encourage fortement la création et la consolidation d’une identité de superhéros, qu’elle soit artistique ou autre. Paradoxalement, sans notre personnage virtuel, nous avons bien du mal à prouver notre existence. Ici, la promotion du personnage superhéros devient l’œuvre qui, à son tour, se retourne contre l’activité promotionnelle en la critiquant de l’intérieur. 
« Video is the new Net Art » (Mark Amerika)
Cette citation amorçait, l’an dernier, mon texte de commissariat accompagnant une exposition de net art. Je la réitère aujourd’hui, non pour tenter d’en faire une vérité irrévocable, mais plutôt comme une lorgnette pour aborder l’oeuvre Pop-ups de Philippe Internoscia. Cette vidéo, tel que son titre l’indique, est créée à l’aide d’une panoplie de pop ups. Ces fameuses fenêtres contenant de la pub et qu’on a immédiatement envie de fermer sont en quelque sorte magnifiées par la transmédiation vidéographique. En nous imposant son rythme et sa narration, la vidéo nous force à observer les pop ups et leur construction de manière plus attentive.
 
L’artiste propose une sorte d’autobiographie, un parcours truffé de vécus pas très jojo (drogue, prostitution) qui se présentent de manière intempestive et harcelante. La narration se construit ainsi sur un double registre. D’un côté, les faits passés que nous décryptons par les pop ups que l’artiste a choisis. De l’autre, les invitations intrusives et répétées auxquelles l’artiste, et nous tous, faisons face. Enfin, on comprend bien comment les deux aspects sont intimement liés. Difficile de départager entre le malaise personnel et le contexte social et médiatique dans lequel il émerge. La vidéo reflète ainsi également les enjeux identitaires à l’ère d’Internet.
Une exposition réussie, vraiment! Humour et engagement se côtoient avec finesse : ça fait du bien. Je vous conseille vivement d’aller y faire un tour et, en même temps, d’aller voir la panoplie d’ampoules qui pendent au plafond dans la salle d’à côté!

Maison de la culture Frontenac
2 mai-9 juin
Mardi au jeudi 12h-19h/Vendredi au dimanche 12h-17h

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