Amentia : une fiction clinique!

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La première publication de ma jeune carrière d’auteure remonte à 2006. J’avais décidé d’écrire un texte sur l’exposition annuelle des Impatients, un organisme à but non lucratif venant en aide aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale par le biais de l’expression artistique. Une personne qui m’est chère participait à cette exposition.
Dans cet article, j’étais drivée par le désir de détruire la distinction formelle entre l’art dit « cru » des malades mentaux et l’art dit « cuit » des gens normaux. Une aberration totale. Faut croire que ce genre de dichotomie plaît aux gens « sains ». Elle consolide une frontière qu’on ne voudrait surtout pas voir s’amenuiser. Elle réaffirme du même coup le cliché selon lequel l’art entretient une relation toute particulière avec la folie clinique.
À quand un ouvrage sur l’art très particulier des cancéreux, des obèses et des bègues?
N’importe quoi.
Cette personne qui m’est chère est souffrante, oui. Mais avant même de devenir malade, c’était déjà une artiste. Avant de se retrouver de l’autre côté de la frontière et même après, c’est avant tout une être humain qui vit des émotions intenses. Et avant que la folie clinique lui rentre dans le corps, il lui est arrivé quelque chose. Quelque chose qui aurait pu vous arriver.
J’ai ces idées-là sur la santé mentale qui me drivent et bien plus. Et c’est avec cette drive-là que je suis entrée dans la petite pièce où se trouve l’installation interactive de Jean-François Mayrand, Amentia. On y entre seul, c’est la prescription. On se retrouve rapidement entouré de trois écrans sur lesquels apparaissent un personnage (interprète : Gaetan Nadeau), un fou. Dans la pénombre, on est invité à interagir avec lui.
 
Nos mouvements et attitudes déterminent les réactions du fou. Ceux-ci sont traduits sur un écran, à l’extérieur de la pièce, par une forme de tache graphique que l’on peut récupérer en ligne. Voici la mienne : 


 
Celle-ci représente les déplacements de mon corps dans l’espace et, je crois, les fluctuations de ma voix durant à peine cinq minutes. Cinq minutes, quatre actes, c’est court. Cinq minutes coincée dans une boîte avec un quadruple fou, c’est long en chien.
Au début, je lui parlais. De son côté, il riait. Puis à un moment donné, il dansait. De mon côté, je faisais tourner ma nouvelle robe à pois. Il s’est mis à pleurer. Je lui ai dit « ben voyons, pleure pas ». Il pleurait quand même. Puis j’ai fait tourner ma robe encore. Vers le troisième acte, il commençait à être franchement éreintant. Alors, je lui disais de foutre le camp. Je faisais semblant de le pousser au loin avec mes deux mains. Puis à un moment donné, plus rien ne semblait fonctionner. Il était dans sa bulle. Vers la fin, il essayait de m’attirer dans sa torpeur. Moi j’attendais le signal pour sortir de cette foutue « boîte ».
Qu’est-ce qu’il y a, au juste, dans cette boîte?
Il y a l’altérité, mais aussi la familiarité.  L’empathie et le mépris. L’étranger et le miroir. La folie créatrice et la folie clinique. L’attention et l’indifférence.  La patience et l’impatience. La candeur et la lucidité. La plaisir et le dégoût. L’amour et la haine. Enfin, il y a tout ce que l’on porte en soi et qui s’active devant cette situation inusité. 
En sortant de la pièce, j’avais besoin de savoir le but de cette œuvre. Comme si une œuvre d’art devait avoir un objectif précis. Une visée scientifique. Je voulais en faire une évaluation normative (ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas) pour amoindrir un peu son intensité. Ça fonctionne, tout simplement, car je suis bouleversée.
Dans ma tête, il y a ce qui me drive. On a beau essayé de grounder l’expérience dans quelques concepts obscurs, elle demeure toujours subjective. Et je me demande pourquoi le mec a une foutue jaquette d’hôpital. Pourquoi il n’est pas vêtu comme tout le monde. Pourquoi créer une expérience hyper techno et la qualifier d’immersive si on n’est même pas capable d’anéantir cette frontière fictive. Pourquoi entretient-on cette fiction de la maladie mentale? 
Et les journalistes écrivent à propos de l’oeuvre selon sa réalité. Et moi, je me dis que cette œuvre doit être perçue pour ce qu’elle est, c’est-à-dire, une fiction. Une caricature, même. Réaliste, certes. Extrêmement bien faite aussi. Bouleversante, s’il le faut. Mais ça demeure une fiction. Celle qu’on se crée soi-même pour les malades mentaux. Celle qu’on se crée pour les isoler, les tenir à distance. 
Le fou dans sa boîte, reste le fou dans sa boîte. Ce n’est pas ton meilleur ami qui vient de péter les plombs. Le fou dans sa jaquette, reste le fou dans sa jaquette. Il ne porte pas des jeans et un t-shirt. Si on a pu s’identifier un peu à ce fou, on a forcément eu peur. Parce que la marque distinctive que revêt le malade, la jaquette, c’est symboliquement ce qu’on redoute le plus au monde : l’isolement. En même temps, la jaquette, c’est ce qui nous permet de nous en dissocier complètement.
Le malade mental n’existe pas dans notre monde. Il est fictif. Il porte un costume. Son costume indique qu’il se trouve dans une institution : un autre monde. Briser le tabou, ce serait simplement de reconnaître l’omniprésence de cette souffrance humaine. Montrer la réalité, ce serait plutôt de nous mettre face à un « fou » qui a aussi des comportements normaux. Créer une passerelle, ce serait de nous faire voir la porosité des frontières entre la normalité et le pathologique. Cette œuvre ne brise aucun tabou.
Mais reste qu’elle me touche profondément pour ce qu’elle est : une fiction.  Parce qu’elle a le mérite de nous enfermer dedans. Seul, en plus. Un duel intense avec notre fou fictif.  Ainsi, en refermant la porte de la « boîte noire » du fou,  juste avant de retourner dans le monde « normal », nous avons deux options :  reconnaître la réalité de cette souffrance humaine au-delà du seuil de la porte ou encore se réjouir de l’existence de cette enclave de laquelle nous sortons enfin.
Dans ces conditions, la deuxième option est plus probable, malheureusement.
Une expérience hors du commun dans un nouveau centre d’art fabuleux
À voir absolument.
1 juin-14 octobre
Mercredi-vendredi 12h-19h
Samedi et dimanche 11h-18h


2 commentaires sur “Amentia : une fiction clinique!

  1. J'avais écrit un commentaire mais il y a eu une erreur… mais bon… 🙂
    Je disais que je ne crois pas que j'aurais été capable d'entrée dans cette boîte…
    Que c'est vrai qu'on a une caricature des « fous » parce que c'est rassurant de s'imaginer que le fou est en jaquette et qu'il a un comportement « de fou » alors qu'un fou, ou bien, la maladie mentale, frappe les mères, les ados, le voisin, l'homme bon, l'être blessé, refermé… etc… Mais bon, c'est plus rassurant de le voir ainsi…
    Je sais pas si ça fait du sens, je m'y connais pas trop en santé mentale… quoique je devrais puisque ma mère à fait plusieurs dépressions…
    Mais j'apprécie ta réflexion ce matin!
    Jane
    xoxo

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  2. Arrgh! Plein de bugs avec blogspot!
    Oui, c'est sensé tout ce que tu dis. C'était difficile, en effet, pour moi aussi d'entrer dans cette boîte. C'est plus rassurant, la jaquette, mais en même temps, c'est cela qui alimente notre peur. Paradoxe! Ton commentaire me touche beaucoup…
    🙂

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