Sylvie Laliberté : d’artiste contemporaine à musicienne [FrancoFolies, Montréal : 2012]

Je me souviens de son passage à l’université lorsque j’étais encore au BAC. Elle donnait une conférence. Elle tentait de dérider un peu le milieu académique. Enfin, les profs et les étudiants d’histoire de l’art. Elle s’acharnait maladroitement à décoller les pages de son exposé. Celles-ci étaient toutes gommées par le chewing gum qu’elle avait posé dans ses documents, juste avant d’aborder son travail artistique. C’était  pour le plaisir de voir nos visages éberlués, j’imagine. Et ça y était, j’étais sous le charme!
 
Ce ne fut pas très long avant que certains académiques lui lancent des questions hyper théoriques. Des questions qui n’allaient visiblement pas dans le sens de sa pratique artistique pour laquelle il y a toujours une large part d’improvisation. On cherchait les failles là où il y avait de la libre expérimentation. On tentait d’élaborer des théories, là où l’artiste, munie d’une très grande sensibilité, parvenait à toucher quelque chose d’essentiel. Enfin, c’est souvent comme ça, malheureusement. On magane un peu nos artistes en déferlant sur eux nos préoccupations esthétiques déconnectées. On les épuise en les amenant sur un terrain totalement infertile pour l’émergence d’un véritable discours qui rendrait justice à leur art. Enfin, cette première rencontre m’avait profondément marquée.
Depuis quelques années, on voit moins Sylvie Laliberté dans le milieu des arts visuels que dans celui de la musique. Mais l’œuvre de Sylvie, c’est bien plus que des installations, des vidéos d’art, des photographies ou de la musique. L’artiste a créé et continu de faire vivre ce personnage enthousiaste qui réconcilie si fortement la candeur et l’ironie incisive. 
Hier, aux Francofolies de Montréal, j’ai cru reconnaître la naïve et touchante jeune femme de la fameuse vidéo Bonbons bijoux. Une vidéo pour laquelle l’artiste a remporté le prix de la 44e édition du Festival international du court métrage d’Oberhausen (Allemagne). Je reconnaissais son humour, ses gestes et sa grande sensibilité. Accompagnée de deux guitaristes, parce que « c’est beau des hommes qui se cachent derrière des guitares », elle y a merveilleusement interprété la chanson thème de Bonbons bijoux, Je suis naïve ainsi que Carré d’amour, soulignant du même coup le fameux symbole du carré rouge (la chanson fut écrite bien avant le conflit étudiant). Juste avant l’interprétation de cette dernière, Sylvie a également attiré notre attention sur la présence récurrente du carré rouge dans l’histoire de l’art. Elles sont rares, les chanteuses qui nous parlent d’histoire de l’art!
Percevoir l’identité comme un processus créatif et fictif me semble être la clé d’un travail artistique qui ne s’épuise jamais. En ce sens, il me semble que le « personnage » est ce qui permet à Sylvie une grande liberté dans ce bas-monde. L’artiste a également (surtout) chanté les berceuses de son troisième et plus récent CD intitulé C’est toi, mon lieu préféré sur terre. Ce titre exprime l’idée de l’individu comme lieu d’explorations infinies. Un lieu inépuisable lorsqu’il est investi d’une créativité toujours renouvelée. Lorsqu’on ne se limite pas à un seul moyen d’expression. Lorsqu’on le bourre d’amour, comme elle le fait. Le titre de son livre datant de 2007, parce que Sylvie Laliberté écrit aussi (!), Je suis formidable, mais ça ne dure jamais longtemps, évoque également un personnage qui passe sans cesse d’un état à un autre. Qui peut se vanter d’être formidable « longtemps » aujourd’hui?
 
Enfin, Sylvie Laliberté, c’est avant tout une artiste qui expose son aisance à naviguer avec fluidité dans un monde qui devient ainsi plastique. Par la création de « petites choses », parce que celles-ci l’épatent trop pour en faire des grandes, elle œuvre sa vie avec un véritable doigtée de fée que l’on voudrait tous maîtriser. Elle s’approprie la réalité, SA réalité qu’elle manie si finement qu’on la soupçonne fortement d’avoir choppé le truc pour ne pas vieillir du tout! Mais alors là, pas du tout!

Sylvie : continue de nous échapper!

2 commentaires sur “Sylvie Laliberté : d’artiste contemporaine à musicienne [FrancoFolies, Montréal : 2012]

  1. Je ne connais pas tellement son travail artistique, à part son premier cd que je me suis procuré suite à son passage à TLMP (et oui, comme quoi ça déniaise un peu, ces émissions de télé…). J'ai écouté ce cd avec bonheur, pendant des mois.

    L'impression que j'ai de cette artiste, en est une de bonhomie sur fond sérieux, dont l'approche est plutôt facile. Reste à bien vouloir décortiquer un peu plus pour atteindre le message…

    Beau billet! Comme toujours. ;¬)

    J'aime

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