Forest Gardeners Part 3 de Sébastien Michaud

Quand Sébastien Michaud m’a proposé d’écrire la préface de son magnifique livre photographique Forest Gardeners 3 portant sur la récolte du bois pour la production forestière au Québec, je me suis demandée quel chapeau j’allais mettre pour l’écrire! Celui d’horticultrice, d’étudiante en foresterie, de sémiologue, d’historienne de l’art ou d’amoureuse de la forêt? C’est de la rencontre de toutes ces facettes qu’a émergé ce texte. J’ai choisi la nuance et la polyphonie afin mettre les choses en perspective, d’inclure différents rapports à la nature. Il faut croire que j’avais encore des réflexions à porter sur ce livre puisque je continue ici, alors que j’expose la démarche d’écriture.

Il est si facile de condamner le travail de la récolte du bois et d’encenser celui des replanteurs ou des pépiniéristes de la forêt boréale. Les deux font pourtant partie d’une même « machine »; une machine qui sert à produire du bois comme ressource et non à protéger la biodiversité de nos belles forêts! Et qui n’aime pas ces beaux planchers de bois franc dans une maison ou un appartement? On préfère souvent l’aspect naturel d’une table en bois massif à un meuble en métal. Après tout, le bois est une ressource renouvelable et, qui plus est, écologique.

« On associe souvent la récolte, plus que toute autre activité, à la disparition progressive de la forêt boréale. La coupe n’est pourtant pas l’unique facteur de sa dégradation. Cette dernière est aussi bien tributaire des réchauffements climatiques que de nos politiques publiques. L’exploitation forestière continue pourtant de symboliser la catastrophe annoncée. Ses ouvriers, dont on découvre ici l’univers, en incarnent les acteurs concrets. Jour après jour, ils œuvrent pourtant à la satisfaction d’un besoin essentiel : celui de la collecte d’une ressource naturelle renouvelable, une alternative écologique importante aux autres matériaux qui ne possèdent pas cette caractéristique. » (Extrait de la préface)

La beauté de ce livre photographique repose en partie sur le regard original posé sur les scènes de la récolte et sur les ouvriers. C’est un regard sans condamnation qui appelle à la rencontre de points de vue, justement. C’est aussi un regard qui oscille entre le contenu et la forme, entre la constatation d’une dévastation et la beauté des paysages et des humains qui le façonnent. Parce que c’est toujours un regard, un rapport au monde, une relation à la nature qui façonnent nos paysages. Les photographies de Sébastien Michaud pointent vers cette dimension ontologique importante et, surtout, vers sa multiplicité.

« Les images de ce livre traduisent ainsi une tension entre deux visions qui façonnent notre rapport à la nature : celle du sublime propre au romantisme et celle de l’utilité qui recoupe les aspects économiques et sociaux. La nature romantique, grandiose, imprègne nos imaginaires et se concrétise dans la création de nos aires protégées. Ces lieux miroitent le rêve d’une forêt qui échappe non seulement à l’industrie forestière, mais aussi à la présence humaine, à l’exception des sentiers balisés desquels on ne doit pas déroger. » (Extrait de la préface)

Quels sont les liens tissés entre ces ouvriers et la forêt? Peut-on à la fois aimer la forêt et être celui qui fait marcher l’abatteuse-tronçonneuse? Peut-on aimer les arbres et empiler leur tronc par milliers au bout d’un chemin d’accès? La réponse est sans aucune doute « oui ». Notre rapport à la nature change selon le contexte et, cela, personne n’y échappe. Quel genre de lien tissons-nous avec la forêt lorsque nous apprécions les livres de notre bibliothèque personnelle? Qu’en est-il, le jour suivant, lorsque nous profitons des sentiers d’un parc national? Comment tisser un lien avec la forêt qui dépasse le sentier, qui permette de reconnaître invariablement l’importance intrinsèque (et non pour nous, humains) de son existence, de sa régénération, de son abondance?

Tel un remède contre l’avidité, le lien sans cesse tissé avec la forêt, lors de la cueillette ou de la chasse, assurait la continuité comme l’épanouissement de son cycle naturel. À ce cycle, on a substitué — ou tenté d’harmoniser selon les principes du développement durable — celui de la culture du bois. D’un même souffle, on a troqué la vastitude pour la compartimentation et l’abondance pour l’accumulation. (Extrait de la préface)

Vous pouvez vous procurer le livre photographique, ainsi que les tomes 1 et 2 qui portent respectivement sur le travail en pépinière et les replanteurs, ici.

Publié par Paule Mackrous

Après un parcours universitaire en histoire de l’art (BAC, Maitrise) et en sémiologie (Phd), j’ai fait un petit virage en horticulture (DEP, ASP) et en foresterie urbaine (arboricultrice certifiée ISA et études de deuxième cycle en agroforesterie), un domaine dans lequel j’œuvre avec beaucoup d’enthousiasme aujourd’hui! Je poursuis mon travail d’historienne de l’art et de sémioticienne par l’écriture et la recherche, surtout durant la saison hivernale, lorsque la lumière s’amenuise, que le sol gèle et que les plantes dorment. Sur mon blogue, je publie des textes de réflexion sur l’art, la nature et la foresterie selon les lectures du moment, les lieux visités, les œuvres rencontrées.

2 commentaires sur « Forest Gardeners Part 3 de Sébastien Michaud »

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